Ménage de Noël
J’arrive de prendre l’air. Prendre l’eau serait plus juste.
À entendre ce qui tombe, on dirait que les anges ont fini leur ménage de Noël. La grande vidange des seaux.
On reçoit toute l’eau et toutes les guenilles détrempées: splotche-splotche!…
À voir ce qui tombe… ce n’était pas bien sale.
Chopin
limpide et enveloppant
houle des archets dansants
vagues de velours caressants
gouttes courants rivières torrents
débandades vertigineuses
courses folles freinées effrénées
roulent de haut en bas du grand clavier
Les ponts
Par un aveuglant matin de printemps, au-delà du brouillard anonyme, un arbre échevelé m’a fait signe
J’ai lancé un pont
Tout un été j’ai rêvé
Un arbre, une île, velours bleu, sable blond
Par un glacial matin d’hiver je me suis réveillée, fracassée dans les rochers
Le mirage s’était vaporisé
Par les matins chagrins, à l’appel des cornes de brume, je descends au rivage
Au hasard je jette des ponts vers le large
Mais ils se perdent dans le crachin
De l’autre côté, hélas, il n’y a plus rien
Mon marché préféré
Vive le petit et sympa et tout fleuri marché de quartier de Monsieur Côté… qui te fait venir tes petites tomates séchées préférées juste pour toi… qui vend les fraises de l’île et le maïs de Portneuf… Là où c’est Madame Côté qui place joliment les montagnes de fruits frais sous l’auvent de la devanture… Puis que leur fille est rendue en Gaspésie, qu’elle attend un bébé et que son chum c’t’un bon gars… Là où l’ado d’à-côté, juste parce qu’il pleut, t’apporte ton cabas débordant jusqu’à ton auto avec le sourire, puis que ça te fait plaisir de lui donner quelques sous en échange…
En as-tu, un marché comme ça, près de chez toi? Moi non plus.
Méditerranéen
Méditerranéen c’est (à partir d’en haut à gauche, je passe les plus petits): l’Espagne, la France, l’Italie, la Yougoslavie, la Grèce, la Turquie, la Syrie et tout le Moyen-Orient jusqu’à l’Égypte, la Libye, la Tunisie, l’Algérie et le Maroc…
Mais c’est surtout l’ail, les tomates, les herbes, les épices, le soleil et la mer.
Papier voyageur
Je viens de recevoir mes illustrations en provenance d’Italie. Je les retourne illico au Portugal.
Ah, être de papier et voyager…
Petit bonheur
Après une moitié de pamplemousse nature, j’ai fait revenir dans un peu d’huile d’olive un morceau d’oignon blanc émincé, ajouté des quartiers de tomate fraîche, quelques feuilles parfumées de basilic, le poivre du moulin, le sel de mer, et j’y ai échappé un petit œuf de vraie poule que j’ai tout de suite caché sous le couvercle jusqu’à ce qu’il soit légèrement poché.
Avec une noix de beurre sur mon pain aux grains, un allongé au lait chaud avec un soupçon de miel de trèfle… la clarinette de Mozart jouée par un jeune virtuose italien et le soleil qui se lève dans mon jardin, c’est le bonheur!
Café rouge (pastel gras)
Saint-Benoît-des-Ondes
À gauche, une bourgade. Pas plus grande que ça. La route peinarde longeant la baie gigantesque ne fait qu’y passer en guère plus d’une minute. Le voyageur distrait ne la remarque pas, y transite seulement, entre deux sites de villégiature entendus.
Saint-Benoît-des-Ondes, Bretagne
Un tableau.
À droite, l’océan vidé, sable rose, à perte de vue. En face, même couleur, le Restaurant bar hôtel de la baie, proue du bourg, tous auvents battants comme voilures, tenant tête au vent du nord debout. J’y passerai la nuit. Accoudé au zinc de son bar, pour ainsi dire fermé en cette saison, le patron breton trinque avec les copains de la place. On y devise bien fort de pêche, de légumes à échanger et de la Coupe du monde de foot. On se quittera tout à l’heure, question de préparer le match France/Suisse de ce soir. Pour une poignée d’euros j’aurai la grande chambre du haut, vue sur la mer, bien sûr, avec en prime la clé de l’hôtel qui sera désert cette nuit.
Ouvrir la fenêtre.
J’ai failli m’envoler avec les battants lorsque le vent salin s’est engouffré sans manières dans l’unique pièce de la suite. Allongée dans la lumière blanche et les draps frais, dans les parfums et les caresses tièdes de l’air vierge venu du large, j’ai longuement, avec délices, attendu la marée. À des kilomètres, l’onde s’est imperceptiblement mise en marche, au pas de l’homme tranquille. Elle a tout doucement noyé les pêcheries. Délicatement, comme pour ne rien briser de ces entrailles exposées, elle a ensuite envahi, en glissant, les sinuosités moites de la rivière vide, jusqu’au débordement. Puis, se précipitant gauchement pour le reste, l’eau a couru en écumant de rage pour se heurter au front de mer. Les vagues et le vent en furie ont frappé la grève enrochée toute la nuit.
La plus hypnotique des berceuses.
À l’aube bleutée, la brise rendue, couchée le long de la côte, avait laissé l’immense marée s’en retourner loin à l’horizon, jusqu’où le regard confond les choses, jusqu’où le ciel commence.
Juin en France
De retour, à reculons…
J’ai adoré la France fleurie de juin.
Les franges hirsutes des ajoncs fanés, le jaune vif des genêts, les coquelicots… fleurs bleues, jaunes, rouges à perte de vue dans les champs. C’était juin, le mois des roses. Rosiers dressés, élancés, arbustifs, grimpants, buissonnants, rampants… denses bouquets rouges, roses, blancs, jaunes, pêche, orangés, rayés, panachés… corolles simples, doubles, quadruples ou parfaitement pompon. Et le mois des parfums de landes atlantiques.
De Paris-la-belle à la Petite-Doucetière-de-Machecoul à la Baie Malouine… de Noirmoutier-en-Île à Chinon… de la ville à la campagne à la mer… Orgie floricole et architecturale, kilomètres de nage océanique dans l’eau turquoise, gargantualité dans le vin les fromages les galettes les viennoiseries les moules les petits cafés bien tassés… Grande virée indisciplinée et broche-à-foin. Se perdre dans Montmartre, se perdre dans Saint-Germain-des-Prés, perdre son temps sur le Pont-Neuf, sur les rives de la Seine, puis son âme dans une bouffe de quatre heures.
J’ai adoré les français, les parisiens aussi, juste un peu bougonneux, et juste assez colorés et désobéissants pour moi. Apprécié leur génie civil, périphériques, rond-points, intersections en x en y en z en étoile… Le pim-pom des véhicules d’urgence, le métro déjanté qui serpente en délire, ses fenêtres qui s’ouvrent, ses strapontins… Les amandes cacaotées, la lie dans le vin, les baisers français à pleine bouche en pleine rue… La respectabilité des très vieilles choses, les stations balnéaires désertes, les volets fermés et toutes les portes ouvertes… Les gros bourdons du carillon de Notre-Dame, la dantesque station les Abbesses… Les croquis intempestifs de Toulouse-Lautrec, les pastels phosphorescents de Degas, les bleus de Monet… Ceux de l’océan côte ouest du Finistère, Côte de Granit Rose, Côte d’Émeraude, Côte de Jade, Côte d’Amour… Le cheval, l’âne, le coucou, les oeufs des poules lousses de la voisine… la petite maison de Jacques, la truculence de Georges et le festin romain de Françoise.
N’ai pas dessiné du tout, écrit un peu et pris des millions de photos. Merveilleux voyage dont je ne puis plus revenir!
Me voilà rendue!
La correspondance
J’aime la correspondance. Celle qui mérite qu’on la prépare.
Celle qui prend du papier, une enveloppe, un timbre…
Celle qui exige d’écrire encore un peu, ou beaucoup, avec un crayon, sur du papier… de plier la page, d’ouvrir et fermer, de lécher et coller, d’aller déposer l’enveloppe dans la boîte.
Et d’attendre…
Celle qui est ramassée au chemin, qu’on l’attende ou pas. Celle qu’on ouvre finement avec un coupe-papier et avec délices, ou qu’on éventre grossièrement avec l’index et avec urgence… Celle qu’on déplie, qui sent le bon papier neuf, ou le parfum, ou le tabac…
Celle qu’on peut déchirer, froisser, jeter au feu sans lire dans un lyrique mouvement de bras… ou garder, en paquets liés avec un ruban, cachée quelque part à jaunir mais à rester là.
BOOKABOO
C’est une série télévisée «britishe» pour les tout p’tits. Bien que la foule de ses fans ne le réclame bruyamment, le chien BOOKABOO, batteur d’un groupe rock and roll, ne peut donner son spectacle avant qu’on ne lui raconte une histoire. À chaque épisode, une vraie vedette vient lui faire la lecture d’un petit livre, dont on anime un peu les illustrations. C’est marrant et charmant!
Le concept a été adapté par Radio Canada. L’émission présente des petits albums créés et publiés au Québec, dont Papa a peur des monstres que j’ai eu le plaisir d’illustrer.
L’émission: Bookaboo
Le livre: Papa a peur des monstres
En attendant le lilas
Les pommiers et les lilas en fleurs? C’est une question de jours, ou d’heures…
Il fera beau. J’irai dans la pommeraie, au cœur d’effluves délicates, au cœur d’une estame japonaise sur fond de fleuve majestueux.
Au retour, je passerai par le chemin des lilas. Les milliers de grappes aux parfums capiteux des lilas de Preston, des lilas français, japonais, duveteux… m’étourdiront, comme liqueur fine, jusqu’à satiété…
En attendant, tapis dans l’ombre de géantes épinettes de Norvège, les rhododendrons explosent de couleurs.
Concerts pour petits budgets
C’était en cette période de fin d’année scolaire où toutes les classes de musique, tous les orchestres, chœurs et chorales offrent leurs concerts, récitals et concours de tout acabit.
Ne pouvant pas être à deux endroits en même temps, j’avais dû renoncer au grand ensemble à cordes du Conservatoire de musique qui sévissait à la très agréable Chapelle historique du Bon-Pasteur, aujourd’hui en désuétude. C’est plutôt la clarinette de l’Orchestre de l’Université Laval qui m’avait gagnée. Bien sûr, c’est ce vent, dans ce bois, qui me séduit toujours… souffle humain d’une profondeur et d’un mystère prenants.
La salle Henri-Gagnon du pavillon Casault est magnifiquement intime. En plus d’entendre, elle permet de voir. En plus de profiter des Mozart, Rossini, Britten et Prokofiev (pour une bouchée de pain), il nous a été donné de voir, à quelques mètres seulement, une bande d’échevelés faire de la musique en habits de soirée. Tignasses rebelles, ou bleutées, mentons velus, manches trop longues, papillons fripés, semelles compensées et souliers vernis. Fascinant de suivre ces regards juvéniles accrochés aux feuilles de musique, puis tout à coup rivés tout ronds à l’unisson à la baguette du chef.
Charmant de voir le grand maigrichon à lunettes, du haut de ses six sept pieds deux, chatouiller la clarinette de ses longs doigts blancs en la berçant doucement. De voir la belle jeune ronde cantatrice, empêtrée dans son décolleté, se composer une admirable moue de coquine pour entamer Rossini. De voir un large costaud, campé aux dessus de ses timbales, impeccablement aux aguets pendant tout un concert, juste pour y jeter comme un enfant ses boums et badaboums joliment ajustés. De voir les bras généreux d’un jeune chef-berger réunir toutes ces voix d’un seul geste ample et rassurant, pour les relancer toutes ensuite à gauche et à droite chacune à son ouvrage.
Le moment que j’ai préféré fut sans doute les deuxième et troisième mouvements de la Simple Symphony pour orchestre à cordes, composée par un Benjamin Britten de vingt ans. Imaginez onze violons, trois violoncelles et trois contrebasses entonnant, sans leurs archets, comme une bande d’indisciplinés, mais dans un ensemble brillant, tout un joyeux mouvement à cordes pincées, presto possible pizzicato sempre, «playful» dit-on, débridé je dirais. Suivi du troisième mouvement, enveloppant, triste et coulant comme une douce pluie d’été. Caricature impertinente de symphonie.
Puis dimanche, de la visite. Le chœur du Redeemer University College était à la petite chapelle décrite plus haut (entrée libre).
Pendant que les cinquante anges se répondaient, sur trois étages, de chaque côté du jubé, le Crucifixus de Bach, nous étions en totale béatitude. C’était divin. De quoi donner envie de croire à quelque chose…
Choses démodées
Le voyage en train, la correspondance timbrée, l’amour romantique…
L’empressement, les joues qui rougissent, les sourires idiots
Les regards éperdus et les mots bégayés
L’attente
Les mains qui se frôlent
Les doigts qui dessinent l’arête du nez, le menton, la nuque
Le chuchotement, l’enlacement, l’affolement, la soif
La lenteur
Les baisers-volés, les bras-dessus-bras-dessous, main-dans-la-main, cloche-pied, chair-de-poule, septième-ciel…
Les cha-cha swing tango valse-musette… slows collé-collé.
Café latin (pastel gras)
L’ami
Fol ami amoureux fou
Fou braque, furieux, fiévreux
Vrille et vole, frivole voleur
Va et revient
Vire le vent, vole au vent
Fantôme fantoche
Faux-semblant
Faux-fuyant
Fin finaud
Verbeux viveur
Fioriture, foutaise, fléau
Va-t-en-guerre, vil faux frère
Sonate pour violoncelle et piano
Les professeurs de piano et de violoncelle du conservatoire donnaient leur récital hier soir à l’Université Laval. Ils nous ont servi quelques extraits de l’émouvante Sonate pour violoncelle et piano op. 19, de Sergueï Rachmaninov.
Ah… cet andante! Un piano tout de notes bleues, en petits élans et en grande retenue. Puis, le désemparement noble du violoncelle. Et un duo si grave que la terre veut s’ouvrir. Suivi de l’allégro mosso, emportement éperdu de milliers de notes charriées par une colère inouïe. Puis l’abandon, pur et digne, en spasmes saccadés, la voix de piano qui s’éteint, le violoncelle qui rend l’âme dans un souffle troublant.
VLAN, tempête de neige!
J’aime notre climat caractériel.
Hier après-midi je suis allée me promener avec le chien poilu. Oui, oui, il pleuvait des cordes.
Deux folles sous la pluie battante, taï chi au milieu du champ.
Tout à coup VLAN, c’était tout blanc tout le tour: en haut en bas à gauche à droite en avant en arrière…
Une tempête de neige est tombée!
Moi, mon coupe-vent était, à toutes fins utiles, imperméable, mais vous auriez vu l’autre, méga-lavette! De quoi ruiner un plancher…
Alunno di spagnolo e/y alumno de italiano
Holala,
Para practicar mi espanol, hablo siempre con mi perro.
Por examplo, digo a Mika: «Quieres ir a caminar en el bosque para atrapar uno o dos campranillos?» Esta claro que no comprenda nada…
Hasta la proxima, no?
LALa
D’accordo per un caffè la settimana prossima. O domani dopo lo ciné?
La tua povera (hum!) cagna deve seguire un corso di spagnolo per parlare con la sua maestra.
Tomatina
Hola tomatita!
Tomamos un café esta semana? Está disponible durante el día? porque yo no estoy los noches: el corso de espanol, la natación, el teatro…
Estoy demasiado ocupada, y preocupada también, y tú?
Hasta luego!
LALita
Cara Lala,
Prima di venerdi sono troppo occupata. Pero venerdi fa bene.
Buon giorno,
T.
Querida Tomatita,
Viernes está perfecto para mí. Nos llamaremos por teléfono, de acuerdo?
Yo comprendo todo que dice en italiano, es muy facíl.
Y estos conversaciones me gustan mucho, y tú?
Tenga una buena semana!
TraLALa











