Je n’avais pas mon équipement photographique.
À flanc de cap, à la faveur du soleil oblique de septembre, le grand héron est passé au-dessus de ma tête comme un éclair au ralenti. Il s’est arrêté en l’air, suspendu, a ramassé ses grandes ailes, ses grandes pattes, son grand bec au bout de son grand cou, et il a déposé ce lourd bagage sur la branche d’un grand pin. Il s’est balancé gauchement un moment avant de trouver son équilibre et de prendre la pose élégante. Je l’ai observé longtemps se prendre pour la plus magnifique estampe japonaise, puis, sans se lasser, lisser ses rémiges à gestes amples d’ailes et de bec.
Après une petite éternité, il a rassemblé son gréement et a lancé bruyamment ses voiles dans le vent, jusqu’à la rive du fleuve.
Le minime junco ardoisé, l’air d’un petit poulet en habit de deuil, traverse furtivement, en diagonale, mon jardin. Comme en danger, comme en urgence, il sautille, picore, sautille, picore, et sautille et picore encore.
Fructueuse fuite.
En ces temps de fonte des glaces sur le fleuve, il n’y a pas assez de mots pour décrire la couleur et la matière.
Les bleus acier, aigue-marine, ardoise, azur, cobalt, cyan, lapis-lazuli, lilas, lune, nuit, outremer, paon, pers, pétrole, Prusse, roi, sarcelle, turquin, turquoise… Miroir, ivoire, verre, ardoise, néon, placoplâtre, feutre, ouate, dentelle, meringue, biscuit, sucre d’orge, sucre en poudre, crème fouettée, barbe-à-papa…
Il fait froid, mais il fait beau.
Le soleil commence à réveiller les chaumières, les tanières et les ventres creux.
La ribambelle des trotte-menu, petit fretin, est en balade.
Elle sautille, gambade, explore, joue et… cherche quelque chose à se mettre sous la dent…
La souris se promène…
Elle danse, même!
L’écureuil cueille les cocottes
Les cocottes
Hop, le lapin!
Oups… un renard!
Hélas, la souris a croisé le renard…
Le harfang aurait-il croqué le renard?
Allons-nous-en d’ici!
FIN
Voyez les photographies d’Edward Burtynsky, effroyables, magnifiques, essentielles: http://www.edwardburtynsky.com/
Une guerre fait rage sur l’autre versant des dunes, l’océan est déchaîné.
De loin en loin, sans relâche, la sirène hurlante d’un vent halluciné.
Les foins giflés, couchés.
On entend, jusque dans la poitrine, le tonnerre des grandes déferlantes battant la côte sur son flanc, roulement de timbales géantes.
Et le râle puissant du ressac aspirant l’âme du continent.
Revenir de chez ma folle amie, c’est comme revenir d’un chez-soi-en-Italie!
Hélène n’a pas son pareil pour illuminer son petit logement loué à pépé Paolo. Pour colorier sa cuisine, sa cour, son amitié. Elle n’a pas son pareil pour venir à notre rencontre en courant, le sourire géant, nous ramasser à bras le corps comme une vraie mamma, et sur-le-champ nous faire visiter son jardin.
Elle n’a pas son pareil pour faire d’une minuscule cour métropolitaine un potager méditerranéen, généreux et luxuriant jusqu’en octobre, qu’elle transporte amoureusement jusqu’à sa table. À côté du pommier, des pruniers et des lilas au repos qui ont livré leurs parfums, leurs fruits ou de joyeuses confitures, des brassées de légumes foisonnent encore dans une indiscipline toute latine. Tomates et aubergines, bien mûres, pendent à leurs plants, melons et courges de toutes les couleurs rampent paresseusement autour d’autres végétaux rendus. Une jeune vigne commence à se délurer dans les treillis. Terrasse digne d’une cour romaine avec sa main courante de marbre, sa balustrade de briques ajourées, son fer forgé. Partout des fleurs impossibles, et les grandes trompettes bleu ciel des volubilis qui enlacent la clôture, l’escalier, les murets, bordent la galerie et débordent du patio dans un fouillis extraordinaire.
On ne se fait pas prier, ensuite, pour s’asseoir à la table de sa minuscule cuisine ensoleillée sans autre intention que de se vautrer dans une paella gargantuesque et dans l’amitié, à boire du bon rouge, à refaire le monde une centième fois et à rire de nos vies depuis le printemps, sans démordre, sans pâlir, jusqu’au petit matin.
Décalage à prévoir au retour.
Il avait ses grands airs des jours de soleil et de vent
Haut et sonore et brillant
Vif et mouvant
Émouvant
J’ai erré sur ses frontières emportée par son chant
Suivi la courbe de son flanc
Y suis restée prisonnière
En passant
De très haut, perchés, les solistes lancent leur tirade métallique.
Motif clair et mélodieux du bruant chanteur, l’entêté,
du bruant à gorge blanche, sifflant, comme en plein été.
De plus près, en accompagnement, gestes buissonnants.
Affairement chuchotant des besogneuses mésanges,
babillage nasillard des roitelets sautillants,
gazouillements légers de la bande des sizerins flammés,
trilles ténus sur un ton des juncos ardoisés.
De loin, le chant flûté du merle,
les plaintes lasses des tourterelles.
Parfois, retentissant, un grincement d’oiseau noir,
ou, rumeur au delà des cimes, toutes voiles dehors,
la régate des oies bavardes, parties pour le nord.
En retard, étourdi, l’étourneau sansonnet,
imitant ma foi habilement tout cela,
jetant en vrac pépiements, miaulements et gazouillis,
roulements, roucoulements, sifflets,
trilles, vrilles, et quolibets.