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Princesse au bout du quai

Assise au bout du quai, le regard au loin, je reçus la visite du dodu ouaouaron. Il s’est assis à mes côtés dans la pose de Bouddha, a regardé dans la même direction que moi, l’air de se demander ce qu’il y avait à voir là.
Je l’ai dévisagé. Beau spécimen bien luisant en habit de camouflage, longs doigts de caoutchouc, belle cuisse. Regard doré exorbité, sourire béat irisé de vert lime, gorge blanche palpitante.
Après un quart d’heure d’immobilité sans coasser, l’air grenouille, le bredouille a replongé.
J’avais oublié de l’embrasser!

Puis le barboteur est arrivé. Bec et habit noirs, très sérieux, miroir bleu dans les rémiges, palmes rouges. Il est passé deux fois en parade sur le quai avant de s’y installer avec prudence. Séance de contorsions pour le grand ménage du costume à plumeaux.
Il s’est immobilisé deux ou trois fois, l’air hautain, me toisant de côté, l’œil en coin…
Quoi, on embrasse aussi les canards?

Lac Montauban

 

Répit

Lorsque distraitement la douleur baisse la garde et s’endort, on peut mesurer ce qu’elle a volé. On réalise qu’elle nous a brisée, plombée, domestiquée.

Arrivée en sourdine par une tempête de février, la créature griffue s’est accrochée au creux de mes reins. Insidieuse comme l’accoutumance, la douleur charpentière a miné mon dos, brûlé ma jambe et soudé mon bassin. Toujours je sens son pouls qui palpite à contre-temps du mien.

Hier, le temps d’un rêve éveillé elle m’a oubliée. À l’ombre du vieux merisier, j’ai fermé les yeux et me suis envolée. J’ai couru jusqu’au bout de la rivière, nagé jusqu’à la fin des lacs, grimpé jusqu’au couronnement des falaises. J’ai plongé, comme saute l’ange, puis explosé cent mètres plus bas dans l’eau douce et profonde du lac noir.

À son réveil j’ai rouvert les yeux et me suis demandé, les ailes repoussent-elles?

 

Ventée

J’arrive du fleuve.

Onde jade sur fond de ciel noir, je croyais qu’un vent rude allait me recevoir.

Il a été beaucoup plus doux, il m’a murmuré vooous

 

La boîteuse va-t-en-guerre

ce matin armée jusqu’aux dents

je m’en vais de ce pas clopinant

couteau dans le dos jambe de bois et pistolet à mousse

passer un savon aux perce-oreilles qui tous

ayant senti hier soir un petit frisson

ont cerné puis investi ma maison

 

Gris vs bleu sur la rive

Ce duel m’apaise, je suis restée jusqu’à la fin.

De l’est éblouissant, le soleil levant séchait ma joue. De l’ouest opaque, le vent mouillé léchait mon cou. Il y eut des pauses et des revirements, bouffées de chaleur, étal et chair de poule, des longueurs, des largeurs et même un peu d’éternité.

Spectatrices discrètes, une femme et son chien ont fait la statue sur une roche boueuse. Les faune et flore lilliputiennes ont grouillé au creux des flaques visqueuses. Du large un cargo a lancé des vagues, deux poissons ont sauté, deux arbres sont passés. Le héron nous a saluées. La brume s’est finalement couchée sur la marée baissante qui l’a toute emportée. De toute évidence, le bleu a gagné.

Je ramène dans mes cheveux les odeurs vivantes de boue, d’algues, de moules. Et, tiens, cette autre, restée d’un baiser sur ma main au petit matin.

 

Chronique du dos

Stratus, le ciel à cette heure.

Stratus mon humeur. Mauvaises journées de mécanique. Le couteau est revenu dans mon dos.
Si jamais je ne puis plus marcher, ni danser, je pourrai toujours me traîner jusqu’au bord de l’eau, me sauver à la nage rejoindre les autres poissons-volants.

Tiens, j’essaierai de me traîner à la plage en matinée, voir la brume se lever.
Peut-être…

 

Mauvaises herbes

En vedette ces temps-ci parmi les mauvaises herbes, les belles ombrelles des ombellifères: carotte et panais sauvages, et la vilaine petite cigüe.

Leur rôle à toutes aujourd’hui: petits parapluies.

 

L’onde ou la marmite

l’onde ou la marmite… j’avais le choix
j’ai fait mon baptême du spa

mais voilà
son eau désinfecte et cuit
celle du fleuve me rafraîchit

plutôt sentir la moule que la lessive
je serai sur la rive la prochaine fois

 

Musique intime

Le sentiment humain s’entend sur plus d’une octave

Son registre est infini

Soprano-coloratur

Contre-ténor

Baryton-basse…

 

Je pars…

J’y serai le temps d’un coup de soleil, en pleine lumière, sans chaussures, sans lunettes et sans fard. Si je ne suis pas au large des premières maisons de la plage, c’est que je suis partie sur la marée montante.

 

Petit matin au lac Montagnais

  • Montagnais-1
  • Montagnais-2
  • Montagnais-3
  • Montagnais-4

La Saint-Jean est à l’eau!

Mes hippies, pivoines et coquelicots, sont échoués, tout échevelés.
Le plus fier bouquet de la fête se pavanait, fleurdelisé, sur des milliers de pavillons mouillés.
La relève sera le boutonneux jasmin des poètes… et des milliers de maringouins.

  • Pivoines-1
  • Pivoines-3
  • Pivoines-3
  • Pivoines-4

Maringouins

Les petits cousins assoiffés m’ont goûtée droit au pouls, sous l’oreille dans le cou, au mou de cheville au creux du genou: piquerie annoncée.

 

Mon chien est mort – 2

J’ai pleuré pendant des heures, le feu aux joues et les paupières comme du marshmallow.
J’ai mal dormi, mangé plein de cochonneries, trop fumé, trop bu, et pas mal tourné en rond. J’ai fait du grand ménage, jeté des piles de journaux pas lus et arraché, enragée, 50 livres de pissenlits innocents.

Puis, après avoir écrit un peu, j’ai dansé comme une demeurée, jusqu’à épuisement, toute seule dans mon salon. Musique africaine cubaine arabe, Chao, Bashung, Archive, Bran Van, Björk… Led Zeppelin, Waits, P.J. Harvey, The Cure, Nick Cave…

Après une nuit sans rêve ni cauchemar, me revoici, mardi, comme l’idiot de Dostoïevski. Quelques manques, des fantômes noirs qui passent, quelques phrases incongrues parlées toute seule, quelques gestes inutiles. C’est la longue parade des petites choses plus-comme-avant.
Pouvoir dire «Qui est-ce qui arrive?», «promenade» et «biscuit» tout fort, sans créer une commotion.
Ne plus m’enfarger dans rien.
Jamais plus de flap-flap de grandes oreilles, de pchic-pchic des griffes sur le parquet, d’ablutions festives dans le plat d’eau, ni de tap-tap-tap-boum du grand corps qui fait trois tours et puis se couche.
Plus aucune trace de gros nez dans la fenêtre de la porte d’en avant…

Apprendre à jeter mon cœur de pomme dans la poubelle…
Penser à aller me coucher…
Acheter un réveille-matin…
Verrouiller en sortant…

Juste un regard candide, chocolat-noisette, qui reste accroché là.

 

Mon chien est mort – 1

Suspectée jeudi, diagnostiquée vendredi, éliminée samedi…

Mika, dans toute sa splendeur, a été euthanasiée ce matin. Relevée de ses fonctions. Un sommeil de barbiturique rose l’a assommée pour de bon et a noirci son regard, en même temps qu’il a stoppé la tumeur, aussi maligne que foudroyante. Heureusement, mon grand chien ne s’est pas éteint à petit feu, usé par la mort lente.

Comme le veut l’usage, elle a eu le droit de choisir hier soir son dernier menu: une belle pomme verte toute ronde, du pain baguette, un gros morceau de fromage, jambon, le reste de la fine crème glacée et de l’huile d’olive dans son eau. Ce matin, fruit défendu, une petite poule en chocolat.

J’ai perdu mon ramasse-poussière, mon gobe-miettes, ma sonnette et mon système d’alarme. L’épouvantail, le réveille-matin et le brasse-camarade. Perdu une traînerie, une carpette, une statue de jardin, le chauffe-pieds, le coussin, le pouf. Perdu le mouton noir, la gardienne du troupeau, la sauveteur-plage, l’arbitre, le gendarme et le bébé-lala… Mais, surtout, j’ai perdu mon sherpa pour partir au diable dans le bois, mon garde du corps pour fréquenter les drôles d’endroits… ma seule folle compagne de pluie battante, de tempête de neige, de vents fous, de moins 25 bien croquants et de routes désertes … de trempette dans la rivière, de kilomètres de brasses dans le lac, de taï chi sur la montagne, de chasse aux oiseaux… de dessin d’écriture de photo, petit matin, quai 35 du port, et crépuscule au milieu du champ…

Depuis sept ans, 24 heures sur 24, elle est installée près de moi, me précède avec enthousiasme, me suit avec bonhomie. J’ai perdu mon miroir, mon alter-ego, mon ombre. Il m’en reste la vague impression de me dématérialiser un peu.

Grosse peine noire frisée…

 

Chronique éthérée

On le sait bien, les américains ne sont pas tous stupides. Durant la deuxième guerre mondiale, les allemands non plus n’étaient pas tous stupides. Des jeunes allemands, objecteurs de conscience, pour s’objecter, dansaient le swing, clandestinement, jusqu’à leur violente arrestation et leur enrôlement de force.

J’ai toujours rêvé danser le swing comme ces Swing Kids.
La nuit dernière j’ai rêvé que je dansais un swing d’enfer, sugar push, side pass, right side pass, inside turn, cuddle wrap, tuck turn, turning whip, american spin, double overhead loop… avec notre premier ministre, frisé et grassouillet, mais étonnamment souple et rapide. Que le grand pop-corn-psy m’analyse ça!

J’ai toujours rêvé de voler. Prendre un élan dans le corridor du deuxième, plonger par la fenêtre, sentir la force de l’air me porter… La grande brasse et la longue glisse en rase-mottes au-dessus du paysage, jusqu’à l’horizon…
Grisant…
Apaisant…
Bien, je l’ai fait la nuit dernière. Exactement le rêve de Ramon dans La mer intérieure. Le grand plongeon, le cœur soulevé, emballé… les yeux qui se noient dans toutes les tonalités de prairies et de landes… les poumons qui se remplissent des senteurs attrapées au-dessus des vallons et des collines de la Galicia espagnole, rouvre pin genêt ajonc, mimosas gardénias citronniers… jusqu’à la mer. Jusqu’à cette immense haleine saline, jusqu’à la grande déclinaison de tous ces bleus de ciels et d’eaux.

En attendant le prochain épisode je ferai encore, inlassablement, des bulles et des moulinets chlorés dans le bleu turquoise-piscine.

Et comme dit un lyrique ami épistolaire à moi:
«On a cessé d’entendre le chant des sirènes pour se concentrer sur celui des baleines et sur le bruit des vagues. Il faudrait réapprendre à divaguer sur les flots océaniques…» (P. G.)

 

Les soeurs Lali à la mer

De retour chez moi après un autre épisode de Les sœurs Lali à la mer

L’Atlantique…
Nous sommes tombées dedans quand nous étions petites. Profonde accoutumance.

Seules au coeur de la nuit, au coeur de janvier, au coeur d’une station balnéaire désertée… au coeur de la pluie et des vagues battantes, deux folles rient. Closed for the season, Closed for the season, Closed for the season… enfin à nous seules les kilomètres de sable blond, les magistrales marées, gonflées par la pleine lune, les déferlantes vert-bleu qui s’abattent lourdement sur la côte rocheuse, le ciel cristallin d’hiver, les embruns salés et le vent glacé – bitter, dit-on, amer, mordant, cinglant – de l’Atlantique nord. Dormir, même en hiver, avec, pour berceuse, à pleine fenêtre, la respiration ample et rythmée de l’océan.

J’allais vous écrire la mer, mais un type l’a fait parfaitement: «La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir»:

« (…)
Celui qui est las des chemins de la terre ou qui devine, avant de les avoir tentés, combien ils sont âpres et vulgaires, sera séduit par les pâles routes de la mer, plus dangereuses et plus douces, incertaines et désertes. Tout y est plus mystérieux, jusqu’à ces grandes ombres qui flottent parfois paisiblement sur les champs nus de la mer, sans maisons et sans ombrages, et qu’y étendent les nuages, ces hameaux célestes, ces vagues ramures. La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir, une promesse que tout ne va pas s’anéantir, comme la veilleuse des petits enfants qui se sentent moins seuls quand elle brille. Elle n’est pas séparée du ciel comme la terre, est toujours en harmonie avec ses couleurs, s’émeut de ses nuances les plus délicates. Elle rayonne sous le soleil et chaque soir semble mourir avec lui. Et quand il a disparu, elle continue à le regretter, à conserver un peu de son lumineux souvenir, en face de la terre uniformément sombre. C’est le moment de ses reflets mélancoliques et si doux qu’on sent son coeur se fondre en les regardant. Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre sur la terre noircie, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère, par quelle brillante relique du jour enfouie sous les flots. Elle rafraîchit notre imagination parce qu’elle ne fait pas penser à la vie des hommes, mais elle réjouit notre âme, parce qu’elle est, comme elle, aspiration infinie et impuissante, élan sans cesse brisé de chutes, plainte éternelle et douce. Elle nous enchante ainsi comme la musique, qui ne porte pas comme le langage la trace des choses, qui ne nous dit rien des hommes, mais qui imite les mouvements de notre âme. Notre coeur en s’élançant avec leurs vagues, en retombant avec elles, oublie ainsi ses propres défaillances, et se console dans une harmonie intime entre sa tristesse et celle de la mer, qui confond sa destinée et celle des choses

Proust, Les plaisirs et les jours, septembre 1892

Closed-14

 

Christmas At The Beach

Sorry! Closed for the season

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Décès de Laurent

Capitaine, mon capitaine, tu as levé l’ancre sans moi…

Comme j’aimerais t’offrir, tout-de-suite, là, ton Pepsi ou ta Chicklet’s bleue…
Parés à border au milieu des bourrasques, tu choquerais l’écoute, je barrerais adroitement… À tribord toutes!
Pour éviter ce cargo malin au cap imprévisible, pour revenir dans le chenal, pour continuer de louvoyer sous le soleil.
Mais voici la tangue et voici la houle. Car c’est la vie du marin, pas de quartier pour le gros grain!

Bon vent et à bientôt mon meilleur capitaine,

Ton meilleur matelot.

Le fleuve est presque gelé. Les navires sont à quai, ou à bon port.
Merci mon capitaine d’avoir été mon phare et ma bouée.

 

La première neige

Tout est recueilli sous un feutre, il a neigé ce matin.
La saison triste a tenté de s’étirer jusqu’au solstice et y est presque arrivée.

La première neige…
Chaque fois je suis ébahie, chaque fois toute chose me réapparaît, nouvelle.

Café blanc

                                                                Café blanc (pastel gras)