Vendredi
J’ai la vue sur la vallée et les montagnes.
Le temps est calme. La ville et les hommes sont blottis sous une couche de gris, feutrés, sous l’édredon opaque du ciel.
Stratus.
Vers quatorze heures, tout au bout de l’horizon d’ouest, une ligne de bleu.
Elle s’élargit imperceptiblement, comme si une main géante tirait vers l’est la couverture. Lentement, doucement, comme pour ne pas réveiller.
Il y a là-bas le vent, le froid, et une lumière qui vient de très loin.
On ne peut s’empêcher, à intervalles réguliers, de jeter un coup d’œil, de se demander si ça arrivera, si on y aura droit, avant le couchant.
À seize heures quinze.
À l’heure du crépuscule d’hiver, comme une paupière qui se lève sur un regard foudroyant, comme un feu qui s’embrase, comme une explosion de joie, le ciel s’est ouvert sur le côté, crevé par l’astre incandescent.
Du coup tout le paysage est incendié, transfiguré, en rouges et orangés.
L’air est immobile.
Le ciel blanc a rejoint la plaine blanche.
À mi-chemin de sa chute depuis le zénith, un soleil livide, suspendu, se dissout. L’horizon disparaît.
Tempête de neige.
La promeneuse et son chien, grands et noirs, disparaîtront dans le tableau.
Mes album illustrés
Papa a peur des monstres et
Sur la pointe des pieds
publiés aux Éditions Imagine, sont maintenant
disponibles en applications iPad.
Les illustrations y sont subtilement animées
et les histoires sont racontées en français et
en anglais par la comédienne Macha Grenon.
L’application permet également d’enregistrer
soi-même l’histoire.
Photographies tirées du projet Art sacré, actes créateurs
Belle grande nuit.
Sommeil réparateur. Quel bonheur quand cette expression prend tout son sens,
Cœur, corps, tête reposés. Douleur endormie. Machine au ralenti.
L’impression d’être une méduse dans l’onde tiède. L’impression d’être Bouddha…
Ophélie (pastel gras)
La mécanique, à défaut d’être solide, est moins douloureuse. Comme il est agréable d’être debout!
De gisante me voilà piquet: changement d’angle.
C’est le mois de ma tristesse.
C’est le mois qui m’expire jusqu’à plus de voix.
Jours vite faits, sans vraies ombres, sans vraie lumière, sans surprises.
Jours d’acier sans chaleur, sans couleur, sans zénith.
Vents rustres charriant sans finesse, jusque sous les os, un froid de cadavre.
Saison froide, saison roide. Vite du blanc, s’il vous plaît!
J’ai vu venir l’aube de loin.
Longtemps.
Froide. Lente. Muette.
Avançant lourdement.
J’aime le jour lumineux.
Fête. Cirque. Parade.
J’aime le crépuscule.
Promesse de repos. Baume sur le feu. Couverture sur les yeux.
J’aime la nuit noire.
Romance. Dormance. Latence.
Je hais l’aurore.
Levée de rideau cruelle sur ce qui reste, dévasté.
Série Nuits blanches-1 (pastel gras)
Le 8 novembre dernier avait lieu la 14e présentation des Prix des abonnés du réseau des bibliothèques de Québec.
Notre livre Cimetières de Québec est le récipiendaire du prix dans la catégorie «documentaire».
Vu le sujet de notre ouvrage, le fait qu’il ait été sélectionné par les lecteurs nous touche particulièrement.
Merci!
L’énigme de ce jour: pourquoi, après le vin, l’eau est-elle si sucrée?
Pas bougé depuis une semaine.
J’ai rêvé à un entraînement de natation de très haut niveau. On avait rempli d’eau de mer les rues du centre-ville de Vancouver, gigantesque Venise moderne, où l’on nageait, entre les buildings (à la hauteur du 4e ou 5e étage) à très TRÈS vive allure. C’était comme voler! Je nageais en tandem avec Claude et nous étions parfaitement au tempo. Ah, c’était bon!
«Ça peut prendre deux semaines à faire effet». Le traitement m’a fait défoncer le plafond de la douleur hier après-midi. Rendu là, il n’y a plus de mesure, elle est partie pour la gloire, c’est l’âme qu’elle fait frire. Des heures, suspendue sur mes béquilles au milieu de la salle de séjour, en proie à la plus paralysante des paniques, j’ai regardé passer les minutes en hurlant comme un veau. Marc est arrivé, comme arrive un grand lac d’eau douce, et la peur, comme un mauvais chien, s’est sauvée la queue basse.
Il n’y a rien pour soulager l’âme, mais j’ai accepté la prescription requise scientifiquement par mon état, je devrais passer de Miss Cortisone à Miss Morphine. Hier soir j’ai plutôt pris le vin. Aujourd’hui, j’ai une tête d’Halloween, mais j’ai un peu moins mal, un peu moins peur…
Avoir mal sans pleurs, m’empoisonner sans peur, appréhender sans déprimer, attendre sans trop espérer…
J’attendais, c’est bien moi, un miracle immédiat qui ne se manifeste pas.
J’attendrai encore, recroquevillée, l’automne est déjà une éternité.
Il y a quelque part entre de mauvaises mains
une poupée vaudou à mon effigie
Mais Morphée m’a trouvée cette nuit
au moins.
À demain!
Le traitement ne m’a offert que quelques journées endurables. La douleur est revenue, matraque. Vive, profonde, étendue, ininterrompue… comme une rage de dents lâchée lousse entre le dos et la cheville. Comme sa propre vengeance.
Je suis de moins en moins mobile. Mon cher bord du fleuve s’éloigne de jour en jour. L’univers ratatine, néant vertigineux…
Plutôt que faire dans la tragédie grecque, je ferai dans le Moyen-Âge, ou dans le Louis XIV. Je suis passée hier à la salle des tortures. J’ai un corset pour la marche, reste à y accrocher ample jupe à paniers, velours-taffetas, bouffants dentelle-organdi et vertugadin armé… à me poudrer un peu, une mouche sur la joue, et je pourrai être vagale tout mon saoul, tomber dans les pommes fera bien dans le portrait…
Vivement l’Halloween!
4h18 AM
Branle-bas… tribord amures!
La maison est une nef ardente toutes voiles deferlées
La voilure de tourmentins à battants avale toute la bourrasque
Les drisses des stores claquent sur la mâture
Les haubans du toit grincent dans leur armure
Ai transporté mon lest à la proue, y ai fait bonne figure
Sirène immobile nez au vent, me suis laissée tanguer
Le cap est soigneusement gardé
Une vrille neurophage descend dans ma jambe, je monte lire La rage dans ma chambre.
À hurler, le soir (pastel gras)
J’ai trempé longtemps dans l’eau froide salée. Je suis moins raide mais toujours al dente.
Ma canne joue de la flûte. Par grand vent elle souffle une petite note: do…