Les couleurs de feu ont bel et bien flambé. Ne reste que la discrète gamme des complémentaires qui se décline, sur tous les tons, depuis le jaune jusqu’au violet.
J’ai retrouvé avec bonheur mon refuge de mi-saison, petit carré de pré oublié au cœur des terres labourées du plateau. Par ce radieux samedi de la fin d’octobre il y reste, caché, un peu d’été. J’y suis allée m’étendre, pour rien, sur l’herbe couchée, chevelure mal peignée. Il y règne un sympathique chaos peuplé de mûriers enchevêtrés et d’aubépines hirsutes. Un dédale inouï de sentes légères, à peine dessinées par la gent trotte-menu.
Autour de moi, les jaunes et les paille, les plumets décolorés des verges d’or et des asters. Une odeur de terre rendue, un filet de brise froissant de la soie, le fouissement joyeux du chien affairé à débusquer ce qui bouge encore aux alentours et, de loin en loin jusqu’aux premières hauteurs des Laurentides, les violets de saison.
Quoi de neuf dans le bois…
Il ne reste que les hivernants. Les grands voyageurs sont partis.
Piouc piouc pit pit. Ça gazouille moins élégamment mais, en revanche, ça flamboie!
C’est la saison des camaïeux jaune vert, des enflammés rouge orangé. La palme aux vinaigriers et, surtout, aux érables rouges qui, en cette saison, portent fièrement leur nom.
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L’automne!
Respirez comme il sent bon…
Regardez comme il est joli, il est aux couleurs du plat de fruits: banane, citron, orange, pomme, pêche, fraise, framboise, raisin, prune, avec encore un peu de kiwi, de limette et d’avocat…
Sur la route, sitôt atteint un brin de hauteur: brume épaisse de septembre, on n’y voit plus. Je suis montée jusque dans un cumulus. Il m’a transportée longtemps, je crois.
Je suis sortie des nues en crevant un bandeau de brouillard, si dense qu’il m’a léchée entièrement, d’un grand coup de pinceau, pour me laisser trempée. Je connais bien ces «esprits», celui du lac et celui du marais… j’ai aperçu, déjà, celui de la rivière… mais cette fois je crois bien avoir croisé l’«esprit» de la montagne.
À la redescente, brusquement comme si j’ouvrais les yeux, me sont apparus la grande baie, le fleuve et l’islet tassés sous le capuchon gris et opaque du ciel trop bas. Entre le chaud et le froid, la ville sentait le sable frais, l’eau, la mer.
Au bout de la jetée je me suis assise un moment et j’ai laissé remonter la marée. Je me suis laissée imprégner de senteurs de varech, de l’air du large, du vent de voyage.
Décidément, la journée prend toutes les senteurs, les couleurs et les fraîcheurs d’une rentrée…
Qu’à cela ne tienne, s’en vient la saison de la brume en purée de pois, saison de la voie lactée, des couchers de soleil dramatiques et des nuages tourmentés à la manière de Constable. Saison en rémission, saison pour la résistance, où chaque matin on plonge, même si le lac est trop froid. Saison de chair de poule et de petite laine. Saison des grands chambardements de couleurs. Sortez le rouge!
À propos de mauvaises herbes…
Sur le bord du chemin: asters, verges d’or et immortelles, bouquets crème et jaune. Il semble même que l’ancolie refleurit.
L’avoine est rousse, l’orge bien blond. Le blé d’inde croquant sous la dent.
Bonne récolte et bonne saison!
Au-dessus, en dessous, bleu, parsemé de pompons blancs. Tout le tour, ruban vert, deux tons : je suis dans un paquet cadeau.
Je suis assise au bout du quai. Qu’y faire, sinon rien.
Clapotis.
Gazouillis chuchoté des parulines et des mésanges. Sifflet perçant du bruant qui cherche toujours son Frédéric. Au loin, dans l’écho, la phrase mélancolique du huard.
Rien d’autre.
Tiède et frais comme l’eau, il me trouble, m’entoure, m’enroule, m’emporte, m’envahit, me chavire et me noie.
Nuée d’abeilles dans le framboisier
Bourdonnements
Friselis des blés sous le vent
Pluie fine sur le carreau
Frisson sur le miroir de l’eau
Respirations
Dans une salle aux dimensions humaines
Des voix féminines
Deux violes
Comme demoiselles effarouchées, se chuchotent à l’oreille
Secrets, badinages, rires étouffés,
Feintes, effleurements, allusions, affolement
Deux violes
Comme demoiselles élégantes, batifolent
Boucles, dentelle, entrelacs,
Froissements, froufrous et ornements
Deux violes
Comme demoiselles fâchées, s’emportent
Jeux de chatons griffus,
Délicat fracas, déchirements
Deux violes
Comme demoiselles en folie, s’envolent
Arabesques, fantaisies, élans,
Retenue, égarement
Deux violes
Comme demoiselles brisées, défaillent
Tristes, étiolées, en pleurs
Effondrées vers l’intérieur
Sitôt leur phrase soufflée
Sitôt tue repliée retirée
Respirations
Petit carré de pré vert
carré d’herbe tendre échevelée
paisible morceau de champ oublié
au cœur des terres à labourer
bordé de buissons florissants
roses jaunes et blancs
fraises et petites poires en fleurs
viornes aulnes et mûriers renaissants
au-delà de l’enclos, à perte de vue
les tristes arpents de maïs fauchés
terre épuisée en jachère
soumise au gré des vents de mai
Bienfaisant petit carré de pré jaune
carré de paille craquante couchée
paisible morceau de champ oublié
au cœur de terres à labourer
bordé de buissons bourgeonnants
roses jaunes et verdoyants
peuplé de jeunes cenelliers hirsutes
épineux inutilement
au-delà de l’enclos, à perte de vue
tristes arpents de maïs fauchés
étendues boueuses et grises
et papiers jaunis des vieux épis
Hé oui, ce grand escogriffe est passé chez nous en laissant dans le garde manger des tas de chocolats. Je viens d’enfourner le tout dernier.
C’était tout blanc de neige fraîchement tombée. Il (le lapin de Pâques) a ainsi eu tout le loisir de rire sous notre nez toute la journée et de se trémousser le pompon sans ameuter le voisinage.
Quelle fantaisie cet animal!
Première rencontre entre le chien et la perdrix
Débusqué par une truffe insolente
Le pataud volatile affolé
Abandonne bruyamment son abri sous le pin
Vrou vrou vrou
Rase-mottes sous le nez du canin
Qui, saisi, figé
Girouette
Oiseau clown
Chien de parade
Cirque du printemps
Samedi après-midi
Verglas, un gros pouce
Fallait se promener dans le bois samedi après-midi.
Fallait aller s’y asseoir, et regarder, et écouter.
Un écho différent, cristallin.
Un décor de verre.
Le crépitement, le cliquetis aigu de la pluie.
Les miroirs brisés, broyés sous les pas.
Tout est gainé de vitre.
Des allées de jeunes bouleaux prosternés, rendus de tant de poids.
Leurs feuilles, restées de l’automne, figées en sculpturaux bouquets translucides
Les épaules des mélèzes tombées, toutes leurs cocottes enfermées dans des billes de verre, étuis de lumière.
De loin, grincements, déchirements, fracas d’orage des branches qui se déchargent.
Puis, tout doucement, venus de nulle part, les flocons, moelleux et muets.
Sortir vite d’ici avant l’arrivée du vent.
–
Dimanche matin
L’air sent l’eau.
Le vent d’ouest est vif et froid comme source de roche.
Le soleil brille de biais à travers la forêt de bonbon clair, sucre d’orge qui tinte et étincelle.
De monumentales grappes pailletées se balancent en craquant, lançant par vagues des volées de clochettes et de diamants.
Concert de milliers d’étoiles vitrifiées tombant du ciel en plein jour.
Explosions jonchant le sol de tranchants débris.
Pétarade sur le parquet glacé du boisé.