Publications recherchées: hiver

Redoux

On a retrouvé le ruisseau caché au cœur du boisé. Tapi au creux d’un vallon étroit, il serpente tranquillement à l’abri du vent. Promenade singulière : on s’en va descendre son cours. À force d’années qui passent, plusieurs arbres en barrent maintenant le chemin. De toute évidence, outre la très affairée gent trotte-menu, personne ne s’y est encore aventuré, le sentier imaginaire est immaculé.

L’entreprise s’avère acrobatique à enjamber les troncs ou à ramper dessous dans la poudreuse profonde. Lourdes enjambées oursonnes étouffées dans la ouate, aucun bruit. Un peu plus loin en aval, le vallon s’élargit et s’accidente. Comme en cachette, à quelques centimètres sous nos pas, le ruisseau s’abreuve, se gonfle, accélère, puis dégringole la cascade. On l’entend rigoler doucement sous l’édredon puisque c’est là qu’il devient rivière. En contrebas, l’eau agitée ne tient plus la neige. Changement de direction : on escalade. La pente est abrupte et bien ensevelie, empêtrés dans nos raquettes on jouera deux ou trois fois à l’avalanche avant de s’en extirper sains et saufs.

Sur la crête, on longe encore un peu notre cours d’eau en zigzaguant entre les feuillus avant de s’enfoncer au hasard dans le bois. Tiens, allons par là.
On bute sur une zone barbelée d’aubépines? Qu’à cela ne tienne, allons plutôt par là.
Tiens, un grand pic en habit de carnaval.
Tiens, dans l’arbre, une cache de chasseur.
Tiens, une sente d’ongulés.
Tiens, un chevreuil passe en silence.
Tiens, un autre… et un autre…

De tiens en tiens, on se retrouve, comme dans un conte, en plein cœur du chez soi, intime mais déserté, de la famille chevreuil. Sur plusieurs mètres autour d’une épinette noire géante, la neige est grattée et piétinée par les pattes à ongles, foulée et tassée par les grands corps sauvages. Vite s’en aller d’ici avant d’y laisser nos traces et notre odeur de prédateurs!

À la sortie du bois, sur le plateau herbeux où le buissonnage avait retenu trop d’air pour tenir notre poids, nous nous sommes débattus dans le grand blanc en plein vent, mais nous sommes revenus sans nous perdre.

Marée baissante

Au bord du fleuve, sous un ciel immaculé, l’air est vif et le vent de février mordant.

Marée baissante.

Soumises à la gigantesque vague planétaire, les eaux du fleuve se ruent vers l’océan en charriant des tonnes d’icebergs en mille miettes. Dans un vacarme de débâcle et de vitre broyée, le train des glaces libres se frotte au passage à la banquise qui, prisonnière de la baie, grince, gronde et explose sous la force implacable.

Au loin, sur l’autre rive, la bourrasque soulève au soleil la poudreuse tombée ces derniers jours. À fleur de chenal, on voit la batture chatoyer comme l’or et l’argent sous la lumière oblique de 16 heures.

Minute nostalgie

Cette folle météo des derniers jours me rappelle une folle semblable, quelque part à la fin des années 70. C’était l’époque des fleurs, du pot léger et du pays rêvé. C’était aussi l’époque sans ordinateur, sans téléphone «intelligent» et sans la météo en ligne.

Tout au bout de la route, le CEGEP avait été surpris par la tempête de neige en fin d’avant-midi, en plein cours de Philosophie de l’art de M. Hébert qu’il n’était pas question de quitter. Panne d’électricité majeure, routes fermées, la ruée vers les derniers autobus avait laissé quelques dizaines d’étudiants derrière, allions-nous devoir passer la nuit à l’école?!

Étranges heures à flâner dans les corridors du collège engourdi sous un blizzard violent, à se fabriquer en rigolant un jeu de carte maison avant la noirceur. Dehors, la tempête ne dérageait pas. Il fallut ce qu’il fallut. En caravanes aveugles à travers la bourrasque, les gars ont été dirigés vers la résidence des gars, les filles vers celle des religieux dans le pavillon voisin. Comme en monastère, y régnaient un silence méditatif et quelques murmures de prières venant d’on se savait où. On a bien dû être nourris mais ma mémoire n’en a rien retenu. En catimini, en soirée, bien bougrinées, on est allées sans se perdre rejoindre les gars pour un poker à la chandelle. Personne ne s’est enrichi, personne ne s’est appauvri, mais ce qu’on a pu rire!

Le lendemain, au réveil, le campus n’était plus qu’un lisse désert arctique aveuglant, à perte de vue sous un ciel immaculé. Comme aujourd’hui. Au chaud dans le petit salon austère avec mon amie Dominique, on a refait le monde tout l’après-midi en écoutant la Récolte de rêves des Seguin…
«Le long d’un grand pays de neige, les arbres se sont endormis et c’est l’hiver…»

Bonne année!

Comme de coutume, nous achevons l’année chez Paul, à deux pas du château Frontenac. On se réserve un bon 20 minutes pour se bougriner comme des ours, puis on grimpe sur le toit.

Au-delà du château, avec ses toits de cuivre, ses poivrières et ses lumières de Noël de mauvais goût, la vue embrasse large : l’île d’Orléans, le fleuve, le port, les montagnes et tous les toits et les clochers de la vieille ville. On reçoit les boum boum de la fête en contrebas, on aura tantôt en pleine face les feux d’artifices. Jadis, avant l’invention de ce party disneylandien, on avait droit à une poésie plus pittoresque. À minuit, les clochers entonnaient un joyeux carillon de vraies cloches auquel faisait écho un chœur de basses profondes, les cornes de brume des bateaux amarrés au port.

De mémoire c’est notre plus froide veillée du Jour de l’An. Pas de photos, les appareils sont gelés, on croque le champagne en granité à – 27 degrés C (-40 tout bien compté).

Bonne année tout le monde, je souhaite à chacun une joie quotidienne!

Janvier 16h30

En face de moi, à l’ouest, le soleil se couche, orange brûlée.

Derrière moi, à l’est, la pleine lune se lève, crème brûlée.

Coulant silencieusement de l’une à l’autre, le fleuve.

 

La première neige au marais

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La première neige au bois

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La première neige au bois

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Glace à la plage

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Glace à la plage

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Glace à la plage

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Glace à la plage

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Reine-Mère se meurt

Attention, voisins d’arbres à petits fruits, soyez aux aguets : les jaseurs boréaux sont en ville! En gangs bruyantes, ces punks ailés de passage, la huppe dressée et les yeux bandés, videront vos arbres en quelques minutes dans un désordre total et fileront tout avinés…

Reine-Mère, la battante, se meurt. Petite pneumonie du Jour de l’An, deuxième épisode. Ceux qui la connaissent s’étonneront : «Encore?», me direz-vous? Eh oui, elle fait toujours les choses avec originalité, si on la pleure, elle ressuscite. C’est sa quatrième vie qui s’éteint, je crois, elle tient probablement du chat. On verra demain…

Magnifique journée de janvier. J’ai marché lentement jusqu’au bout de la plage. Juchée entre ciel et mer sur le promontoire, j’ai contemplé en propriétaire le grand désert de glace concassée, aveuglant de soleil, qui s’étend jusqu’au chenal de mon grand fleuve dans un fracas de vitres cassées. Puis je me suis endormie sur le banc du parc.

 

Aujourd’hui au fleuve

Cet après-midi sous la bourrasque de janvier, le fleuve à marée haute était vert… gris-vert.

Le long de ses rives, le clapotis brassait des grandes talles de nénuphars sucre-en-poudre qui finissaient de se dissoudre dans une bonne épaisseur de pouding à la vanille.
J’y ai croisé un nuage de pigeons vrillant autour du petit pont…
Un rare canard d’hiver format compact (le bec-scie couronné, je crois), zigzaguant nerveusement sur l’onde, la huppe aux quatre vents…
Une trentaine de bernaches dodues et trompettantes faisant la pause-cacardage avant la grande portion du voyage.

Et les traces de raquettes de Monsieur Drolet.

 

La glace à la plage

En ces temps de fonte des glaces sur le fleuve, il n’y a pas assez de mots pour décrire la couleur et la matière.

Les bleus acier, aigue-marine, ardoise, azur, cobalt, cyan, lapis-lazuli, lilas, lune, nuit, outremer, paon, pers, pétrole, Prusse, roi, sarcelle, turquin, turquoise… Miroir, ivoire, verre, ardoise, néon, placoplâtre, feutre, ouate, dentelle, meringue, biscuit, sucre d’orge, sucre en poudre, crème fouettée, barbe-à-papa…

 

Petites scènes de chasse

Il fait froid, mais il fait beau.

Le soleil commence à réveiller les chaumières, les tanières et les ventres creux.
La ribambelle des trotte-menu, petit fretin, est en balade.
Elle sautille, gambade, explore, joue et… cherche quelque chose à se mettre sous la dent…

La souris se promène…

Petite chasse-1

Elle danse, même!

Petite chasse-2

L’écureuil cueille les cocottes

Petite chasse-3

Les cocottes

Petite chasse-4

Hop, le lapin!

Petite chasse-5

Oups… un renard!

Petite chasse-6

Hélas, la souris a croisé le renard…

Petite chasse-7

Le harfang aurait-il croqué le renard?

Petite chasse-8

Allons-nous-en d’ici!

Petite chasse-9

FIN

Petite chasse-10

Chien de jardin, chien de Noël

Éberluée!… est Mali, assise au milieu du jardin à regarder la première neige tomber, l’air de se demander «Mais qu’est-ce que c’est que ça?!».
Chien de Noël!