Publications recherchées: hiver

Glace de décembre

Décembre. Des nuits à -20. La froidure.

Au bord du grand fleuve en fin d’après-midi se déclinent tous les tons de bleu, de jaune et de rose.

À la faveur de la marée baissante, la ligne des rochers pointe lentement à la limite des eaux profondes, rétrécissant le chenal comme par surprise. En marchant longtemps, j’avais vu venir de loin le champ de jeune glace couvrant le fleuve sur toute sa largeur. Voici qu’il est entravé dans son cours, voici qu’au grand ralenti la glace doive se compresser, se recroqueviller, se télescoper, se déchirer, se concasser pour passer. Voici qu’elle se frotte à la barre de récifs, qu’elle gémit, qu’elle grince et qu’elle explose dans un interminable fracas de tremblement de terre.

La glace grise de ce décembre s’excite facilement mais n’est pas trop obstinée, elle est passée. Elle laisse la place à l’onde lisse qui descend paisiblement vers l’océan.

Très loin vers l’amont, là ou le fleuve disparaît entre ses rives, le soleil fait flamber les orangés avant de plonger au-delà de l’horizon sud-ouest.
Il est 16 heures, à l’heure d’hiver.

Patiner

J’ai tant patiné. Depuis toute petite. Je laçais mes patins au chaud dans le portique de la maison et je me lançais dans le banc de neige et dans le froid jusqu’à la patinoire voisine, rejoindre Nounoune et Gege, et nos grands frères, et leur canaille copain Yvan. Et on patinait, patinait, jusqu’à n’en plus pouvoir. Les mèches de cheveux givrées, les joues et les poignets mordus et rougis de froid, parfois le bout du nez blanc… oh ce douloureux souvenir des orteils qui dégèlent en picotant!
Puis les midis d’hiver, à la patinoire de l’université…

Ça faisait une éternité!
J’ai eu le goût de m’y remettre. J’ai retrouvé mes vieux patins, encore aiguisés, dans un recoin de mon barda. Pendant le dîner des tout-p’tits de l’école primaire d’à côté, je suis allée squatter leur mini-anneau de glace. Le temps de lacer mes bottines, la tempête s’était levée. Le plaisir de patiner quand il neige, dans un silence ouaté inusité. Chambranlante au départ, j’ai retrouvé mon allant assez rapidement. Patiner ne s’oublie pas, c’est comme aller à vélo, ou danser le tango, c’est la mémoire du corps.
Puis, à la faveur d’une rafale en pleine face, je me suis retrouvée prise dans le courant d’une vague sautillante de petits guerriers, bien dodus et bien casqués, les vaillants maternelle-première année. C’était charmant!

Le ruisseau

En sortant du four mon vrai gâteau italien citron-amandes bien sucré, je me suis subitement demandée si le ruisseau était gelé.
Avec une pensée amicale pour Alice et Tinamer de Portanqueu, j’ai pris le champ, plein de lumière rose et de flocons pelucheux, puis le bois, bleu.
Au bout des pistes du cerf, du renard et du mulot, j’ai retrouvé mon ruisseau. Il était bien gelé, je l’ai traversé, juste pour la joie de traverser un grand ruisseau gelé.

Pays de glace

Diaporama:

Pays de cristal

Diaporama:

Sous les réverbères

Pluie battante verglaçante. Le ciel et les champs se confondent, puis disparaissent.
Il reste quelques arbres givrés sous les réverbères.

Diaporama:

Quartier industriel

La nuit, sous le verglas et dans le brouillard. Contraste inhabituel entre le lustre du sol et l’opacité du ciel.

Diaporama:

Verglas

Diaporama:

Les petites maisons de Noël sous le verglas

Les petites maisons de Noël – 2

Le long du quatrième rang.

Diaporama:

Les petites maisons de Noël – 1

Le long du quatrième rang.

Diaporama:

Petits périls hivernaux

Un bon pied de folle neige à raquettes: hop dans le bois, hop dans le champ, hop sur le marais pas encore gelé…

Illustration musicale

(hier soir à la plage)

Sous les assauts de l’hiver impatient, le fleuve déploie son jupon de frasil
Froufrous de crinolines le long de ses flancs
soyeux clapotis de perles
bruissements de dentelles
et froissements de soies
que les vagues bercent en respirant lentement dans le froid
Menuet
Et petite musique de nuit

Herbes salées

Récolte du thym, de la sauge et du romarin pour mes herbes salées: j’ai dû pelleter!
Hiver hâtif, c’est le moins qu’on puisse dire…
Et maraîchère retardataire.

Restauration

Je restaure présentement des photographies (d’auteur inconnu) datant de 1949-1950, à partir de négatifs noir et blanc 2 1/2″ x 4 1/4″ très abimés.
C’est passionnant!

Les ingénieurs créent des routes dans l’arrière-pays du Québec. On les dépose dans la forêt avec leurs équipes et leurs outils, avec leurs tentes, leurs vivres, leurs gamelles, leurs raquettes et leurs chiens…
Ici, l’équipe d’arpentage et de tracé des routes (Côte-Nord, entre Baie-Comeau et Hauterive), est transportée par le bimoteur Toulnoustouk du Canadian Pacific Airlines.

Pour faire retoucher ou restaurer vos photographies, suivez ce lien.

campement005
campement014

Pluie battante

Blanc-08

Pluie

Diaporama:

  • Blanc-09
  • Blanc-11
  • Blanc-10
  • Blanc-12
  • Blanc-07

La cabane

Blanc-01

Dans le grand blanc

Diaporama:

  • Blanc-02
  • Blanc-03
  • Blanc-04
  • Blanc-05
  • Blanc-06

Chouette!

Hier

Trop tard pour une expédition, j’irai juste me promener sur la route de campagne, à deux pas de chez moi…
Je n’ai pas bien planifié, la pluie de la semaine dernière l’a transformée en patinoire. J’emprunterai donc la piste qu’une motoneige perdue a laissée dans le champ.

L’air sibérien de janvier a tiédi. À fleur de neige bleue, la lumière orangée de fin d’après-midi joue à travers les arbres endormis à l’orée du bois. C’est magnifique.
En quelques acres, la pente monte sans presse sur le coteau. Au-delà de sa crête apparaît tranquillement le squelette dégarni de la grande épinette. Plantée à côté d’un ruisseau, cernée d’un bosquet d’aubépines, elle trône là depuis des lustres, témoin périmé du grand défrichage agricole. On la connaît bien. Du plus loin que je me souvienne, c’est là que du vivant de mes chiens on allait faire une pause. L’arbre est seul sur le plateau, mirador par excellence pour le vieux harfang qu’y s’y postait quotidiennement, l’œil aiguisé, à l’affût. Nous approchions délicatement pour ne pas perturber la chasse silencieuse de l’oiseau zen. Il dévissait bien la tête dans notre direction, mais semblait rapidement considérer que ma bête était trop grosse pour faire son gibier. S’assurant qu’on était bien sages, il se revissait et rajustait son regard embrassant les alentours garde-manger. On ne l’a pas vu depuis quelques années.

À près d’un kilomètre encore, il y a, il me semble, quelqu’un perché sur la plus haute branche de notre épinette. Non, ce n’est pas maître ookpik : trop gros, trop foncé, trop ébroué dans le vent. Quel est donc cet oiseau?! Je m’approche au pas de promenade. Je m’approche en me demandant si je ne suis pas en train d’être mystifiée par un sac-poubelle agrippé à un arbre. Je m’approche encore… La piste qui me porte longeant le champ en parallèle est trop éloignée, j’opte pour une franche perpendiculaire dans l’étendue immaculée. Mais voilà que, quelques dizaines de mètres plus loin, le couvert de glace cède sous mon poids et me laisse embourbée jusqu’aux hanches. Me débattre est vain, pas moyen de continuer. Levant les yeux dans le contrejour, je distingue de loin une belle queue et le profil plat d’une grosse tête ronde qui aurait mis son capuchon bordé de minou. Juste à temps pour voir s’envoler l’imposant et majestueux oiseau. Plus farouche que son cousin harfang, la chouette lapone importunée s’élance déjà, en silence, au ralenti, deux coups d’ailes sûrs, une longue et belle glisse planée en rase-mottes, puis elle disparaît dans le boisé.