Photographies tirées du projet Art sacré, actes créateurs
Le 8 novembre dernier avait lieu la 14e présentation des Prix des abonnés du réseau des bibliothèques de Québec.
Notre livre Cimetières de Québec est le récipiendaire du prix dans la catégorie «documentaire».
Vu le sujet de notre ouvrage, le fait qu’il ait été sélectionné par les lecteurs nous touche particulièrement.
Merci!
Assise au bout du quai, le regard au loin, je reçus la visite du dodu ouaouaron. Il s’est assis à mes côtés dans la pose de Bouddha, a regardé dans la même direction que moi, l’air de se demander ce qu’il y avait à voir là.
Je l’ai dévisagé. Beau spécimen bien luisant en habit de camouflage, longs doigts de caoutchouc, belle cuisse. Regard doré exorbité, sourire béat irisé de vert lime, gorge blanche palpitante.
Après un quart d’heure d’immobilité sans coasser, l’air grenouille, le bredouille a replongé.
J’avais oublié de l’embrasser!
Puis le barboteur est arrivé. Bec et habit noirs, très sérieux, miroir bleu dans les rémiges, palmes rouges. Il est passé deux fois en parade sur le quai avant de s’y installer avec prudence. Séance de contorsions pour le grand ménage du costume à plumeaux.
Il s’est immobilisé deux ou trois fois, l’air hautain, me toisant de côté, l’œil en coin…
Quoi, on embrasse aussi les canards?
Mes hippies, pivoines et coquelicots, sont échoués, tout échevelés.
Le plus fier bouquet de la fête se pavanait, fleurdelisé, sur des milliers de pavillons mouillés.
La relève sera le boutonneux jasmin des poètes… et des milliers de maringouins.
De retour chez moi après un autre épisode de Les sœurs Lali à la mer
L’Atlantique…
Nous sommes tombées dedans quand nous étions petites. Profonde accoutumance.
Seules au coeur de la nuit, au coeur de janvier, au coeur d’une station balnéaire désertée… au coeur de la pluie et des vagues battantes, deux folles rient. Closed for the season, Closed for the season, Closed for the season… enfin à nous seules les kilomètres de sable blond, les magistrales marées, gonflées par la pleine lune, les déferlantes vert-bleu qui s’abattent lourdement sur la côte rocheuse, le ciel cristallin d’hiver, les embruns salés et le vent glacé – bitter, dit-on, amer, mordant, cinglant – de l’Atlantique nord. Dormir, même en hiver, avec, pour berceuse, à pleine fenêtre, la respiration ample et rythmée de l’océan.
J’allais vous écrire la mer, mais un type l’a fait parfaitement: «La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir»:
« (…)
Celui qui est las des chemins de la terre ou qui devine, avant de les avoir tentés, combien ils sont âpres et vulgaires, sera séduit par les pâles routes de la mer, plus dangereuses et plus douces, incertaines et désertes. Tout y est plus mystérieux, jusqu’à ces grandes ombres qui flottent parfois paisiblement sur les champs nus de la mer, sans maisons et sans ombrages, et qu’y étendent les nuages, ces hameaux célestes, ces vagues ramures. La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir, une promesse que tout ne va pas s’anéantir, comme la veilleuse des petits enfants qui se sentent moins seuls quand elle brille. Elle n’est pas séparée du ciel comme la terre, est toujours en harmonie avec ses couleurs, s’émeut de ses nuances les plus délicates. Elle rayonne sous le soleil et chaque soir semble mourir avec lui. Et quand il a disparu, elle continue à le regretter, à conserver un peu de son lumineux souvenir, en face de la terre uniformément sombre. C’est le moment de ses reflets mélancoliques et si doux qu’on sent son coeur se fondre en les regardant. Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre sur la terre noircie, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère, par quelle brillante relique du jour enfouie sous les flots. Elle rafraîchit notre imagination parce qu’elle ne fait pas penser à la vie des hommes, mais elle réjouit notre âme, parce qu’elle est, comme elle, aspiration infinie et impuissante, élan sans cesse brisé de chutes, plainte éternelle et douce. Elle nous enchante ainsi comme la musique, qui ne porte pas comme le langage la trace des choses, qui ne nous dit rien des hommes, mais qui imite les mouvements de notre âme. Notre coeur en s’élançant avec leurs vagues, en retombant avec elles, oublie ainsi ses propres défaillances, et se console dans une harmonie intime entre sa tristesse et celle de la mer, qui confond sa destinée et celle des choses.»
Proust, Les plaisirs et les jours, septembre 1892
Jardin zoologique du Québec (1931-2006).
La fermeture d’un zoo. Bien embêtant de monter aux barricades, mais j’ai pu y faire la tournée des pensionnaires, dont voici quelques-uns des portraits.
En ma qualité d’oiseau bizarre, au nom des kangourous arboricoles, de l’ara hyacinthe, de l’ourse aveugle, du chameau qui pue et, surtout, de Sia, le vieux singe qui ne survivra pas au chambardement; au nom des arbres du boisé menacé; au nom des souvenirs «quatre saisons au zoo» gravées dans ma mémoire, dans celle de mes parents, dans celle de mes enfants… je vous invite à une visite posthume, croquée juste avant la fermeture du parc en 2006.
À gauche, Toupie, la très vieille ourse d’Alaska
Autres photos:
Les grognons grizzlys, Mary et Cody
Les ours polaires, trois pas devant, trois pas derrière
Sophie, la frondeuse chimpanzé
Andrei et Veneska, léopards de l’Amour
Disco, l’hypnotique dendrolague de Matschie
Gilligan, le harfang des neiges
Stewart, le grand-duc d’Europe
Maurice, l’excentrique pigeon Goura de Scheepmaker
Le calao rhinocéros, le cacatoès noir, le petit podarge gris
Le python malais, le porc-épic de l’Inde
Les lémurs catta et vari, les ardents suricates
Les joviales loutres cendrées d’Asie
Les bouquetins souverains, lamas et alpagas, siamangs, muntjacs, pingouins clowns, lézards à collerette…
Tous les volatiles, primates, félins, canins, cervidés, tous les renifleurs, grignoteurs, mâcheurs, cracheurs…
Bonne continuation!
Suite de la chronique zoologique ici.
J’ai ce dada de photographier les trésors artistiques cachés dans nos églises. C’était, jeudi dernier, le tour de la chapelle conventuelle des Soeurs de la Charité cachée derrière de banals édifices de béton, en contre-bas du Carré. D’aucuns auront aperçu au passage sa façade magnifique apparaître au bas de la côte D’Youville.
Cette chapelle est surprenante. Toute blanche et très étroite, elle se dresse bien haut sur ses quatre étages sagement cordés, quatre étages de balcons, de déambulatoires, de balustrades, de rampes, de paliers et d’escaliers, accrochés sur trois côtés généreusement fenestrés. En y pénétrant, on pense à ces bateaux à vapeur, illogiquement hauts, qui sillonnaient jadis le Mississipi, mais comme s’ils avaient été retournés le dedans vers le dehors, comme un gant, comme une chaussette, vous voyez? Enfin… Étourdissant!
Des petits sons enveloppants nous arrivent, tuuuuuuuu… vouuuuuuuuuu… bommmmmm… En se cassant le cou pour chercher des oiseaux tout en haut, on aperçoit le grand – vu l’étroitesse de l’endroit, mais en réalité petit – et joliment orné orgue Casavant: les claviers au troisième, les tuyaux, comme un large sourire doré dans une petite bouche, encastrés dans les troisième et quatrième jubés devant la coupole pleine de lumière. Mais… mais, sourire… édenté?!… Eh oui, il manque plein de tuyaux! En y regardant plus attentivement on distingue, encore plus haut au-dessus de tout ça, le réa principal d’un surprenant système de poulies, des câbles – de bateau, tiens – qui pendent ici et là, et une poignée d’hommes qui se battent, tout en nage, avec le fameux instrument – les frères Casavant eux-mêmes! dirais-je poétiquement: c’est le grand ménage de l’orgue.
Après quarante ans de loyaux services, c’est le grand toilettage, les ajustements, les rénovations de cette belle mécanique musicale. Les spécialistes entrent dans le ventre de la chose, grimpent, rampent, forcent, analysent, écoutent, cherchent la fuite, colmatent, testent… Démontent les systèmes compliqués de tuyauterie, de soufflerie, de volets, de tirants, de soupapes… Déracinent des pipes de toutes les grosseurs de toutes les longueurs, dont certaines n’en finissent pas, les font délicatement mais périlleusement voltiger d’un étage à l’autre, pour leur dénicher assez d’espace pour les coucher les unes à côté des autres, inoffensives, comme de grands arbres abattus. Les notes subtiles font place au grondement grossier et assourdissant des aspirateurs géants qui, on s’en doute bien, ne laisseront rien derrière, ne laisseront rien dedans. Trois semaines que ces hommes sont là à se démener autour du monstre, et au moins deux autres leur seront nécessaires pour en venir à bout. «Job de bras» et noble métier.
Un facteur d’orgue (ou organier) est un artisan spécialisé dans la fabrication, la maintenance, la réparation et la restauration d’orgues. Ce métier nécessite la maîtrise de nombreuses techniques, dont la menuiserie, la mécanique, le travail et le formage des métaux ainsi que des connaissances musicales et acoustiques très sérieuses ; il est répertorié parmi les métiers de l’artisanat d’art.
Photographie tirée du projet Art sacré, actes créateurs
Midi
Paysage blanc aveuglant, pinède vert sombre, cardinal rouge pétant.
Je reviens au monde tranquillement…
16h
Sur l’horizon bien franc de janvier, le soleil cuivré et froid termine sa course.
À l’orée du bois, à contre jour, sa lumière oblique découpe les aubépines et les bouleaux clairsemés, puis finit d’étirer leurs ombres sur la neige dorée. La plaine tantôt immaculée se couvre de fines rayures pêche et bleues.

«Si le ciel vous jette une datte, ouvrez la bouche.» (proverbe chinois)Voici ma récolte!
Ce blogue rassemble des images et des mots, essentiellement les miens, pour le plaisir des yeux et des oreilles. Voyez-le comme un grand cahier de croquis ratissant large, espace aéré, fait maison, que j’ai beaucoup de plaisir à composer. Il commence à rebours, en 2010, et ne s’arrêtera sans doute pas de sitôt. Tout n’y est pas encore, revenez me voir! Et si l’appétit vous venait de me faire quelque commentaire, il me fera plaisir de vous lire et d’y répondre. Pour commenter un article, cliquez sur son titre. Pour me rejoindre, rendez-vous à la page Informations.
LAL
hiver 2015 Merci de respecter les droits d’auteur qui sont le gagne-pain des créateurs!