Photographies tirées du livre Cimetières de Québec
Nos cimetières, leurs parcs, leurs monuments et les signes qui y sont déposés par leurs visiteurs sont les empreintes que laisse notre société de sa culture et de son rapport à la mort. Résistant partiellement aux affronts du temps, ils sont également des musées à ciel ouvert relatant le passage de quelques générations d’hommes et de femmes en terre d’Amérique au fil de quatre siècles. Ce livre est une promenade tranquille à travers les lieux de sépulture de la ville de Québec. Au gré du climat, en visiteurs de passage, mon collègue Daniel Tremblay et moi avons parcouru tous les cimetières d’ici: sites privés, paroissiaux, conventuels, cimetières jardins, columbariums, cryptes, ossuaires…, dont plusieurs sont inaccessibles au commun des mortels. Nous y avons photographié la matière, la lumière et l’espace qui composent la beauté, souvent formelle, parfois insolite ou troublante, de ces lieux de recueillement.
Photographies tirées du projet Art sacré, actes créateurs
Je suis sous le charme de ma ville, de son relief, de son fleuve, de ses gens, sous le charme de son architecture et de son patrimoine. Depuis plus de 20 ans, mon collègue Daniel Tremblay et moi-même photographions Québec, pour le plaisir, mais avec un intérêt marqué pour son patrimoine bâti, et une urgence particulière pour celui qui est menacé.
Les lieux de piété érigés ici depuis quatre siècles sont à plus ou moins long terme appelés à un changement de vocation, sinon condamnés à la disparition. Au cours de trois ans années de travail, nous avons photographié plus de 120 églises catholiques et protestantes, d’avant et d’après-guerre, chapelles et chapelles conventuelles de toute la région, dont une douzaine sont disparues depuis.
En marge de son concept architectural et de sa dimension historique, chaque église présente des qualités esthétiques et une richesse artistique qui lui sont propres. À l’instar du portrait, notre photographie présente le visage de ces grandes réalisations en soulignant leur originalité et leur personnalité. Au-delà de l’imagerie conventionnelle, le patrimoine exposé dans Art sacré, actes créateurs révèle également les courants artistiques liés aux bouleversements culturels et économiques qu’a connus la capitale depuis sa fondation.
Groupées autour de six grands thèmes, plus de 200 photographies couleur et noir et blanc décrivent tantôt la beauté somptueuse des églises de Québec, tantôt leur intimité lumineuse.
Notre livre est un hommage aux générations de créateurs et de bâtisseurs, artistes et artisans d’ici qui nous ont légué cette richesse collective. Ce grand œuvre public, bâti, incendié, reconstruit, démoli, restauré, recyclé… constitue à la fois notre patrimoine et le visage de notre ville.
En ces temps de fonte des glaces sur le fleuve, il n’y a pas assez de mots pour décrire la couleur et la matière.
Les bleus acier, aigue-marine, ardoise, azur, cobalt, cyan, lapis-lazuli, lilas, lune, nuit, outremer, paon, pers, pétrole, Prusse, roi, sarcelle, turquin, turquoise… Miroir, ivoire, verre, ardoise, néon, placoplâtre, feutre, ouate, dentelle, meringue, biscuit, sucre d’orge, sucre en poudre, crème fouettée, barbe-à-papa…
Il fait froid, mais il fait beau.
Le soleil commence à réveiller les chaumières, les tanières et les ventres creux.
La ribambelle des trotte-menu, petit fretin, est en balade.
Elle sautille, gambade, explore, joue et… cherche quelque chose à se mettre sous la dent…
La souris se promène…
Elle danse, même!
L’écureuil cueille les cocottes
Les cocottes
Hop, le lapin!
Oups… un renard!
Hélas, la souris a croisé le renard…
Le harfang aurait-il croqué le renard?
Allons-nous-en d’ici!
FIN
Notre hôtel préféré de la Nouvelle-Angleterre est un vieillard pittoresque et chambranlant qui se tient debout, face à l’océan, depuis 1895. Miraculeusement, il est l’un des derniers a avoir été épargné par les éléments, le climat océanique et les incendies, qui ont fait ravage dans cette station balnéaire populaire.
À l’époque, les dames de la haute société débarquées du train avec leurs malles s’y installaient pour l’été. Une trentaine de petites chambres aux quatre vents, des boudoirs, des vérandas ouvertes, ou couvertes, la bibliothèque et la grande salle à manger leur offraient une escale indolente à souhait dans les embruns iodés. Les meubles devenus anciens, la déco devenue antique, les tapis limés par le sel et le sable, les portes secrètes, les corridors tricotés, le grand et les petits escaliers de bois grinçant, le piano défraîchi, les stores horizontaux cliquetant dans les fenêtres de bois gauchies… l’endroit est resté dans son état naturel. Pas de chirurgie esthétique, pas de traitement unilatéral de modernité, pas d’air climatisé, mais une bonne santé. Il est un authentique représentant de l’architecture de la Côte-Est de la fin du dix-neuvième siècle.
L’hôtel est tenu de près depuis trois générations par la famille Paul, longtemps résidente des lieux. Lorsque j’étais petite, M. Paul s’occupait de la bâtisse et y tenait le bar, pendant que son affable épouse voyait au bien-être de ses hôtes en y élevant sa fille. À chacun de nos séjours, comme lorsqu’on visite une vieille tante, nous constations l’usure du temps. Sur les alentours, sur la structure, et sur les gens. Lente désagrégation de la dune. Prolifération d’hôtels sans âme et de vacanciers bruyants. Décès de M. Paul. Longue maladie de Madame Paul, puis son décès. Leur petite fille aux longues tresses noires est ensuite devenue la dame maîtresse du lieu. C’est aujourd’hui au tour de ses filles à elle de tenir la barre du bâtiment et de garder le cap.
Merci!
Voir aussi: Ocean House, East Coast-2
Le concours d’orgue de Québec
Ah les amis… nul ne fut tenté par le rendez-vous, sots que vous êtes. Je finirai bien par en convertir quelques-uns, je vous le jure.
Ce n’est pourtant pas juste du vent dans des tuyaux. Ce n’est pourtant pas le petit clavier de mononcle Jean-Paul, ni le petit orgue de la salle paroissiale. C’est un grand Casavant, un beau néo-baroque de 35 tonnes, 69 jeux multipliés par quatre claviers manuels et un de pédalier, quelque 5000 tuyaux. Et des jolis petits noms évocateurs tels que: montre, bourdon, flûte à cheminée, doublette, voix céleste, plein jeu, voix humaine, quintaton, flûte bouchée, prestant, flûte à fuseau, nazard, principal italien, tierce, larigot, sifflet, cor de nuit, soubasse, bombardon… le tremblant, le muet, le vent, le grand jeu, le tutti!…
C’est une case à vent, une vertigineuse cage à flûtes taillée sur mesure pour le diable lui-même. Aux commandes infernales, trois petits bouts d’hommes et de femmes jouent dangereusement à dieu pendant quatre heures. Voilà qu’on emberlificote le vilain, que l’on chatouille le monstre, qu’on le met parfaitement en colère, dans une rage du maudit, dévastatrice, qui donne la chair de poule, fait claquer les dents et terrorise les enfants. On craint qu’il ne s’évade, qu’il ne s’échappe sous pression en petits bouts de vent propulsés dans des milliers de soufflets, de tuyaux, de soupapes, de jalousies. C’est à ce moment que brusquement il nous absorbe, nous envahit, prend le contrôle de notre pouls, de notre respiration, du flux de notre sang, des synapses de nos neurones : qu’il nous possède!…
Juste un peu… puisque voilà que de là-haut on le charme, l’hypnotise, l’embrouille, qu’on te le berce un peu, frisant le rendormir. Puis qu’on se paie sa tête, qu’on le gifle, le pique, le pioche, qu’on tente de le convertir en l’aspergeant d’eau bénite, qu’on le torture, pour l’achever finalement dans les «Alléluias sereins d’une âme qui désire le ciel». Il hoquette violemment en spasmes gigantesques, tremble de tous nos os, de toutes les colonnes du temple et, hystérique, le monstre abdique et replonge au fond des ténèbres, au cœur des méandres de l’épouvantable et immortel monument. Encore une fois la bête est mâtée, contenue.
On ouvre les yeux.
Il fait un peu plus chaud, un peu plus noir.
Les vitraux ont tenu. Les centaines d’âmes également, semble-t-il. Ne demeure que le léger frisson d’effroi des chandelles votives dans leurs ampoules bleues.
On l’a échappé belle!
Tu parles d’un jeu…
Tangos improvisés de Lise Nadeau et Denis Fulham, professeurs de l’École plaisir Tango, à Québec.
À gauche, une bourgade. Pas plus grande que ça. La route peinarde longeant la baie gigantesque ne fait qu’y passer en guère plus d’une minute. Le voyageur distrait ne la remarque pas, y transite seulement, entre deux sites de villégiature entendus.
Saint-Benoît-des-Ondes, Bretagne
Un tableau.
À droite, l’océan vidé, sable rose, à perte de vue. En face, même couleur, le Restaurant bar hôtel de la baie, proue du bourg, tous auvents battants comme voilures, tenant tête au vent du nord debout. J’y passerai la nuit. Accoudé au zinc de son bar, pour ainsi dire fermé en cette saison, le patron breton trinque avec les copains de la place. On y devise bien fort de pêche, de légumes à échanger et de la Coupe du monde de foot. On se quittera tout à l’heure, question de préparer le match France/Suisse de ce soir. Pour une poignée d’euros j’aurai la grande chambre du haut, vue sur la mer, bien sûr, avec en prime la clé de l’hôtel qui sera désert cette nuit.
Ouvrir la fenêtre.
J’ai failli m’envoler avec les battants lorsque le vent salin s’est engouffré sans manières dans l’unique pièce de la suite. Allongée dans la lumière blanche et les draps frais, dans les parfums et les caresses tièdes de l’air vierge venu du large, j’ai longuement, avec délices, attendu la marée. À des kilomètres, l’onde s’est imperceptiblement mise en marche, au pas de l’homme tranquille. Elle a tout doucement noyé les pêcheries. Délicatement, comme pour ne rien briser de ces entrailles exposées, elle a ensuite envahi, en glissant, les sinuosités moites de la rivière vide, jusqu’au débordement. Puis, se précipitant gauchement pour le reste, l’eau a couru en écumant de rage pour se heurter au front de mer. Les vagues et le vent en furie ont frappé la grève enrochée toute la nuit.
La plus hypnotique des berceuses.
À l’aube bleutée, la brise rendue, couchée le long de la côte, avait laissé l’immense marée s’en retourner loin à l’horizon, jusqu’où le regard confond les choses, jusqu’où le ciel commence.