
Avec la pluie d’hier soir, la Saint-Charles est très haute et Kabir Kouba est en furie.
Promenade dans le champ d’avoine mûre. Vitesse moissonneuse-batteuse.
« (…) il crût dans un quart d’heure tout autour du parc une si grande quantité de grands arbres et de petits, de ronces et d’épines entrelacées les unes dans les autres, que bête ni homme n’y aurait pu passer.»
Dans le fameux conte de Charles Perrault, la Belle, au lieu de mourir, fiou!, dormira tranquille pendant un siècle sous l’écran d’un fouillis végétal inextricable, don in extremis d’une jeune fée rusée.
Mais à part donner des mûres, fausses mais délicieuses, qu’a donc de si méchant cette ronce des bois. Comment (sauf si on est un prince charmant) nous barre-t-elle les pieds et nous prend-elle dans un piège si contrariant?
Bien sûr les rameaux de la ronce sont couverts d’aiguillons redoutables, comme ces rosiers rugueux que l’on peut, attendu que l’ont ait quelque talent pour la transgression, traverser. Mais ce n’est pas tout. L’arme de ce végétal futé est le marcottage. Les tiges de l’année se dressent, puis, alourdies par les généreuses grappes de mûrons, se prosternent jusqu’au sol où leur extrémité apicale s’enracine pour s’en redéployer dans tous les sens l’année suivante. Ainsi, de la plante initiale puis de chaque génération subséquente se développe un réseau exponentiel, roncier dense tressé d’une multitude d’arcs épineux solidement ancrés à leurs deux extrémités; comme autant de crocs-en-jambes portant fièrement leur nom.
La saison des framboises rouges ou noires est terminée. Les fruits de la ronce (faux-mûrier) ne sont pas mûrs…
C’est au tour de la ronce odorante de nous offrir des petits amuse-gueules jusqu’à la fin de l’été. Ses calottes, quoique pas très juteuses, ont un charmant goût de framboise au miel-citron, avec tout plein de mini-pépins qui crépitent sous la dent. Pas de danger de les confondre avec quoi que ce soit de poison. Allez, goutes-y, c’est délicieux!…
Hier soir au crépuscule, en attendant la pluie…

En sortant du four mon vrai gâteau italien citron-amandes bien sucré, je me suis subitement demandée si le ruisseau était gelé.
Avec une pensée amicale pour Alice et Tinamer de Portanqueu, j’ai pris le champ, plein de lumière rose et de flocons pelucheux, puis le bois, bleu.
Au bout des pistes du cerf, du renard et du mulot, j’ai retrouvé mon ruisseau. Il était bien gelé, je l’ai traversé, juste pour la joie de traverser un grand ruisseau gelé.
Les intrus à moteur son partis.
Mon beau grand lac a retrouvé la tranquillité d’août. La forêt et sa petite faune sont les premiers à reprendre leurs droits.
Ah, le plaisir de nager seule dans un grand lac à l’onde fraîche. Au-dessus, une buse joue au planeur dans les courants d’air chaud. Dans le royaume à grenouille, N’Héron, le grand bleu, fait la branche sur ses échasses en attendant que son goûter passe par là. Riquiqui, le Martin-pêcheur fou, se garroche à l’eau puis se sauve, menu fretin au bec, dans un joyeux bruit de crécelle. Jo et Josette Huards, au rire dément, émergent ici, puis coulent là, puis ré-émergent… tiens, où donc cette fois?
Avec le «silence» du lac et de la forêt touffue: ténus clapotis, bourdonnements des demoiselles, craquettements des cigales, petites notes sifflées, nasillardes, ou flûtées des volatiles invisibles dans la frondaison, chiffonnements trotte-menu dans le couvre-sol craquant, cris de guerre de l’écureuil roux, au loin la mitraillette du grand pic et le houhou-hou-hou-houhou «disco» de la chouette. Avec le long vent d’ouest qui prend son élan loin au-delà des limites du lac pour venir s’enchevêtrer en murmurant aux sommets des grands pins.
Sur ma plage au bord du fleuve, les framboises noires sont belles et mûres.
Doux délice, un peu framboise un peu cassis.
Sur ma plage, les tilleuls sont en fleurs.
Indéfinissable parfum que j’essaie pourtant à chaque année de définir. Encore une fois, j’ai longé le fleuve pendant des heures, une bractée fleurie sous le nez, en cherchant les mots fidèles au bouquet.
L’an dernier j’avais décrit : miel, concombre avec un soupçon de vanille. Ce matin, le miel et le concombre se confirment et le thé vert remplace la vanille. Égale séduction.
Si vous avez un tilleul à votre portée, allez vous mettre la face dedans au plus vite pour en respirer le parfum subtil. Après les grosses pluies attendues cet après-midi, il n’en restera rien.
Chaînes côtières du Pacifique et magnolias en fleurs.
En avril, Vancouver est en fleurs. Pommiers, pruniers, cerisiers, magnolias, camélias, rhododendrons…

Magnolias en fleurs au Ted and Mary Greig Garden
