Petite Mémé, atteinte d’Alzheimer, se berce au soleil, sur la galerie de son «campe», sur le bord du lac perdu dans le bois. Comme le flot inépuisable de la rivière, elle raconte raconte raconte (et elle recommence recommence recommence) les vacances d’été en forêt avec son beau Roger et ses enfants, le défrichage et la construction du chalet avec les moyens du bord, la haie d’épinettes qu’elle y a plantée, la beauté des arbres et du lac, des arbres et du lac, des arbres et du lac…
Puis les bras au ciel elle s’exclame: «Ah, mon Dieu, quelle belle vie!»
Bel octobre, quelque part à Saint-Ferréol-les-Neiges


Revenir du Kamouraska «vent arrière» sur la route des Navigateurs…
Remonter le grand fleuve en s’arrêtant à chaque quai, à mesure que le soleil oblique, à mesure que le vent escalade l’échelle de Beaufort, mariant la science à la poésie: «jolie brise», «bonne brise», «vent frais», «grand frais»…
Rentrer avant le «coup de vent».
Kamouraska, Saint-Jean-Port-Joli, L’Islet-sur-Mer, Berthier-sur-Mer…
Vent tourné au «grand frais», à Berthier-sur-Mer


Sous la pluie, dans l’odeur de la terre assoiffée qui boit (pétrichor).
J’ai contemplé ce spectacle jusqu’à la nuit, en compagnie d’une grive, quelques ouaouarons et une bande de rainettes…
J’ai exploré un nouveau sentier cet après-midi.
Il y avait un panneau:

Jour de promenade au paradis, là où les végétaux se conjuguent au gré de leurs affinités.
C’est échevelé, cacophonique, gargantuesque, capiteux…
En vedette entre le fleuve et le cap :
Rosiers d’embruns, caille-lait et vignes des rivages, vesce, gesse maritime, silène et trèfle rose, asclépiades, herbe-à-puce et vinaigriers, chiendent, folle avoine, fléole des prés, et tous les petits fruits encore en fleurs.

Réveil à l’aube au chant flûté de la grive. Comme dans la forêt magique.
Le premier mai bourgeonne à ma fenêtre mettant en vedette: érables rouges, érables à sucre et le magnolia de Josette.
