Patriarche aimant, époux enveloppant, beau-papa, papa d’amour et grand-papa-gâteau, Roger est décédé le 24 novembre à l’âge vénérable de 94 ans.
Après l’avoir déjouée plus souvent qu’à son tour, il a été rattrapé dans ses derniers retranchements par la grande faucheuse.
Le colosse, le pionnier, le vétéran est tombé. C’était son heure. Il s’en va rejoindre son bataillon.
Il était croyant alors: Dieu ait son âme!
Revenir de chez ma folle amie, c’est comme revenir d’un chez-soi-en-Italie!
Hélène n’a pas son pareil pour illuminer son petit logement loué à pépé Paolo. Pour colorier sa cuisine, sa cour, son amitié. Elle n’a pas son pareil pour venir à notre rencontre en courant, le sourire géant, nous ramasser à bras le corps comme une vraie mamma, et sur-le-champ nous faire visiter son jardin.
Elle n’a pas son pareil pour faire d’une minuscule cour métropolitaine un potager méditerranéen, généreux et luxuriant jusqu’en octobre, qu’elle transporte amoureusement jusqu’à sa table. À côté du pommier, des pruniers et des lilas au repos qui ont livré leurs parfums, leurs fruits ou de joyeuses confitures, des brassées de légumes foisonnent encore dans une indiscipline toute latine. Tomates et aubergines, bien mûres, pendent à leurs plants, melons et courges de toutes les couleurs rampent paresseusement autour d’autres végétaux rendus. Une jeune vigne commence à se délurer dans les treillis. Terrasse digne d’une cour romaine avec sa main courante de marbre, sa balustrade de briques ajourées, son fer forgé. Partout des fleurs impossibles, et les grandes trompettes bleu ciel des volubilis qui enlacent la clôture, l’escalier, les murets, bordent la galerie et débordent du patio dans un fouillis extraordinaire.
On ne se fait pas prier, ensuite, pour s’asseoir à la table de sa minuscule cuisine ensoleillée sans autre intention que de se vautrer dans une paella gargantuesque et dans l’amitié, à boire du bon rouge, à refaire le monde une centième fois et à rire de nos vies depuis le printemps, sans démordre, sans pâlir, jusqu’au petit matin.
Décalage à prévoir au retour.
Vive le petit et sympa et tout fleuri marché de quartier de Monsieur Côté… qui te fait venir tes petites tomates séchées préférées juste pour toi… qui vend les fraises de l’île et le maïs de Portneuf… Là où c’est Madame Côté qui place joliment les montagnes de fruits frais sous l’auvent de la devanture… Puis que leur fille est rendue en Gaspésie, qu’elle attend un bébé et que son chum c’t’un bon gars… Là où l’ado d’à-côté, juste parce qu’il pleut, t’apporte ton cabas débordant jusqu’à ton auto avec le sourire, puis que ça te fait plaisir de lui donner quelques sous en échange…
En as-tu, un marché comme ça, près de chez toi? Moi non plus.