En quittant la maison ce midi je t’ai cueilli, en pensée, trèfle rose, chicorée et carotte sauvage. Un léger bouquet, dentelle de fin d’été. À la terrasse du café, il me prend l’envie de t’écrire. Dépose s’il te plaît cette gerbe sur la table où tu boiras un thé, cruelle amitié en différé.
Septembre est doux comme juillet, rémission avant le givre et les intérieurs. Les érables rougissent franchement. La ville est belle, les gens sourient…
Mon humeur est un camaïeu. Je nage dans les bleus de mes pastels, bleu sur le tablier, bleu sur les doigts, bleu sur les joues.
L’ange qui se reposait sur mon épaule, posé là comme un oiseau, me sourit gentiment ces temps-ci. Je réalise des images qui accompagneront, en grand format dans un musée, les âmes disparues.
Café au bord du fleuve (pastel gras)
Ça se passait chez la vietnamienne. Lieu commun.
Comme pour l’éternité, étions-nous cinq ou quinze, Xuân nous servait fidèlement le won ton, les rouleaux et son sourire de Bouddha. Assis dos à la fenêtre, dos à la 18ième, dos à la ville, le dépaysement était tout de même un lamentable échec. Ni le faux lierre, ni les fausses lampes, pas même l’authentique musique ne parvenait à nous emmener bien loin de chez soi.
Certes il y avait les beignets…
J’étais là très bien servie. Comme le cheveu sur la soupe ou le loup dans la bergerie, j’étais faiseuse d’images parmi gens de lettre. Outsider de mon état depuis toujours, il m’était devenu au fil des ans beaucoup plus agréable d’évoluer chez les autres que chez mes semblables, étrangère en terre étrangère. C’était ma manière de voyager.
Tous plus ou moins artistes pourtant, tous plus ou moins travailleurs solitaires, nous nous y présentions la tête et les poches plutôt vides. C’était la condition très vague mais essentielle, je crois, à la réussite de la soirée. Ce qui nous réunissait n’était-il pas simplement le douloureux manque des éternels insatisfaits ou le vil pincement au coeur des extralucides. Comme il serait bon, pensions-nous probablement tous, de voler au-dessus de tout cela, ou tout au moins à la surface.
Zen. C’était ça le dépaysement.
Tapis au balcon (pastel gras)
«Si le ciel vous jette une datte, ouvrez la bouche.» (proverbe chinois)Voici ma récolte!
Ce blogue rassemble des images et des mots, essentiellement les miens, pour le plaisir des yeux et des oreilles. Voyez-le comme un grand cahier de croquis ratissant large, espace aéré, fait maison, que j’ai beaucoup de plaisir à composer. Il commence à rebours, en 2010, et ne s’arrêtera sans doute pas de sitôt. Tout n’y est pas encore, revenez me voir! Et si l’appétit vous venait de me faire quelque commentaire, il me fera plaisir de vous lire et d’y répondre. Pour commenter un article, cliquez sur son titre. Pour me rejoindre, rendez-vous à la page Informations.
LAL
hiver 2015 Merci de respecter les droits d’auteur qui sont le gagne-pain des créateurs!