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Petit matin au lac Montagnais

Chronique éthérée

On le sait bien, les américains ne sont pas tous stupides. Durant la deuxième guerre mondiale, les allemands non plus n’étaient pas tous stupides. Des jeunes allemands, objecteurs de conscience, pour s’objecter, dansaient le swing, clandestinement, jusqu’à leur violente arrestation et leur enrôlement de force.

J’ai toujours rêvé danser le swing comme ces Swing Kids.
La nuit dernière j’ai rêvé que je dansais un swing d’enfer, sugar push, side pass, right side pass, inside turn, cuddle wrap, tuck turn, turning whip, american spin, double overhead loop… avec notre premier ministre, frisé et grassouillet, mais étonnamment souple et rapide. Que le grand pop-corn-psy m’analyse ça!

J’ai toujours rêvé de voler. Prendre un élan dans le corridor du deuxième, plonger par la fenêtre, sentir la force de l’air me porter… La grande brasse et la longue glisse en rase-mottes au-dessus du paysage, jusqu’à l’horizon…
Grisant…
Apaisant…
Bien, je l’ai fait la nuit dernière. Exactement le rêve de Ramon dans La mer intérieure. Le grand plongeon, le cœur soulevé, emballé… les yeux qui se noient dans toutes les tonalités de prairies et de landes… les poumons qui se remplissent des senteurs attrapées au-dessus des vallons et des collines de la Galicia espagnole, rouvre pin genêt ajonc, mimosas gardénias citronniers… jusqu’à la mer. Jusqu’à cette immense haleine saline, jusqu’à la grande déclinaison de tous ces bleus de ciels et d’eaux.

En attendant le prochain épisode je ferai encore, inlassablement, des bulles et des moulinets chlorés dans le bleu turquoise-piscine.

Et comme dit un lyrique ami épistolaire à moi:
«On a cessé d’entendre le chant des sirènes pour se concentrer sur celui des baleines et sur le bruit des vagues. Il faudrait réapprendre à divaguer sur les flots océaniques…» (P. G.)

 

Les soeurs Lali à la mer

De retour chez moi après un autre épisode de Les sœurs Lali à la mer

L’Atlantique…
Nous sommes tombées dedans quand nous étions petites. Profonde accoutumance.

Seules au coeur de la nuit, au coeur de janvier, au coeur d’une station balnéaire désertée… au coeur de la pluie et des vagues battantes, deux folles rient. Closed for the season, Closed for the season, Closed for the season… enfin à nous seules les kilomètres de sable blond, les magistrales marées, gonflées par la pleine lune, les déferlantes vert-bleu qui s’abattent lourdement sur la côte rocheuse, le ciel cristallin d’hiver, les embruns salés et le vent glacé – bitter, dit-on, amer, mordant, cinglant – de l’Atlantique nord. Dormir, même en hiver, avec, pour berceuse, à pleine fenêtre, la respiration ample et rythmée de l’océan.

J’allais vous écrire la mer, mais un type l’a fait parfaitement: «La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir»:

« (…)
Celui qui est las des chemins de la terre ou qui devine, avant de les avoir tentés, combien ils sont âpres et vulgaires, sera séduit par les pâles routes de la mer, plus dangereuses et plus douces, incertaines et désertes. Tout y est plus mystérieux, jusqu’à ces grandes ombres qui flottent parfois paisiblement sur les champs nus de la mer, sans maisons et sans ombrages, et qu’y étendent les nuages, ces hameaux célestes, ces vagues ramures. La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir, une promesse que tout ne va pas s’anéantir, comme la veilleuse des petits enfants qui se sentent moins seuls quand elle brille. Elle n’est pas séparée du ciel comme la terre, est toujours en harmonie avec ses couleurs, s’émeut de ses nuances les plus délicates. Elle rayonne sous le soleil et chaque soir semble mourir avec lui. Et quand il a disparu, elle continue à le regretter, à conserver un peu de son lumineux souvenir, en face de la terre uniformément sombre. C’est le moment de ses reflets mélancoliques et si doux qu’on sent son coeur se fondre en les regardant. Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre sur la terre noircie, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère, par quelle brillante relique du jour enfouie sous les flots. Elle rafraîchit notre imagination parce qu’elle ne fait pas penser à la vie des hommes, mais elle réjouit notre âme, parce qu’elle est, comme elle, aspiration infinie et impuissante, élan sans cesse brisé de chutes, plainte éternelle et douce. Elle nous enchante ainsi comme la musique, qui ne porte pas comme le langage la trace des choses, qui ne nous dit rien des hommes, mais qui imite les mouvements de notre âme. Notre coeur en s’élançant avec leurs vagues, en retombant avec elles, oublie ainsi ses propres défaillances, et se console dans une harmonie intime entre sa tristesse et celle de la mer, qui confond sa destinée et celle des choses

Proust, Les plaisirs et les jours, septembre 1892

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Christmas At The Beach

Sorry! Closed for the season

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Le grand cerf-volant

J’ai fabriqué un cerf-volant. Vingt ans durant.

J’ai cherché, déniché, inventé les matériaux les plus légers, pour que la brise le porte, qu’il puisse voyager.
J’ai croisé les plus souples roseaux, couché les plus fins papiers, rouges et orangés.
J’ai filé et noué les ficelles, j’ai bouclé bien serré les rubans bleus et dorés…

Ce matin, le matin des vingt ans, je suis sortie, je l’ai lâché. Le vent sitôt l’a emporté, s’y est engouffré, gonflant ses franges, allumant ses couleurs, et je l’ai vu danser.

 

Aller-retour à Tadoussac

À la descente du bateau, au bout de la route verte et bleue, nous nous sommes retrouvés, le temps et l’espace de vingt chansons, comme à vingt ans en plein village hippie. Pour son festival, la petite Tadoussac devient un grand rassemblement fraternel amical jeune et insouciant.

Cet été-là, Yves Desrosiers, fébrile et habité, y donnait vendredi devant une salle pleine et colorée son Volodia dramatique. Un brin sur rien, osseux, l’œil fou et le regard halluciné, il nous a offert, de sa voix ébréchée, de ses doigts fiévreux tiraillant la guitare, l’âme du dissident Vladimir Vissotsky. Âme toute nue, translucide, transie, volcanique. Âme russe exaltée, expirée, mise en abyme.

Poignant.

Sommes revenus puisqu’il le faut: fuite vers l’avant, élan sans fin, droit devant à la poursuite de la constellation du Lion… qui s’évanouit à la faveur des étoiles clinquantes de la ville. Le monde à l’envers…

 

Sweet sixties, flower power, road trip…

Au beau milieu des restos pour touristes, en plein après-midi triste, je cherchais un refuge.

Sur la vitrine, écrit à la main: Chez José, cuisine de quartier. À travers la vitrine, éparpillés et dépareillés, quelques tables, quelques flâneurs. J’y suis entrée comme on entre dans un aquarium, à reculons. Espace réduit, comme un coffret. Parfum de coriandre fraîche. Au plafond, posters de vagues géantes et de surfeurs. «Ah, le Pacifique…», me dis-je. Poissons naïfs multicolores barbouillés à la grandeur des murs. Jeunes qui jasent d’emplois, d’appartements, de voyage. Musique de vacances…

Au menu: soupe-sandwich-café-viennoiserie. Un grand bol-piscine où toute la mer flottait, appétissante, dans ses coquillages. Petit pain comme on n’en trouve pas. Café, dont un seul justifie tout un après-midi. Qu’avais-je besoin de plus?…
– «Réconfortant!» dis-je au garçon. «Merci, sympa!», répondit-il candidement. «Toi-même!». pensai-je…

Qu’est-ce que j’aurais eu envie de monter illico dans mon vieux Westfalia et de m’élancer droit devant moi, cap au sud-ouest, de traverser le continent sans arrière-pensée, vers le soleil, vers l’océan, vers l’insouciance.

Il faisait soleil en sortant…

Vive la grande déferlante qui nous porte loin avec style!