Articles étiquetés: saisons

Glace à la plage

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Reine-Mère se meurt

Attention, voisins d’arbres à petits fruits, soyez aux aguets : les jaseurs boréaux sont en ville! En gangs bruyantes, ces punks ailés de passage, la huppe dressée et les yeux bandés, videront vos arbres en quelques minutes dans un désordre total et fileront tout avinés…

Reine-Mère, la battante, se meurt. Petite pneumonie du Jour de l’An, deuxième épisode. Ceux qui la connaissent s’étonneront : «Encore?», me direz-vous? Eh oui, elle fait toujours les choses avec originalité, si on la pleure, elle ressuscite. C’est sa quatrième vie qui s’éteint, je crois, elle tient probablement du chat. On verra demain…

Magnifique journée de janvier. J’ai marché lentement jusqu’au bout de la plage. Juchée entre ciel et mer sur le promontoire, j’ai contemplé en propriétaire le grand désert de glace concassée, aveuglant de soleil, qui s’étend jusqu’au chenal de mon grand fleuve dans un fracas de vitres cassées. Puis je me suis endormie sur le banc du parc.

 

Aujourd’hui au fleuve

Cet après-midi sous la bourrasque de janvier, le fleuve à marée haute était vert… gris-vert.

Le long de ses rives, le clapotis brassait des grandes talles de nénuphars sucre-en-poudre qui finissaient de se dissoudre dans une bonne épaisseur de pouding à la vanille.
J’y ai croisé un nuage de pigeons vrillant autour du petit pont…
Un rare canard d’hiver format compact (le bec-scie couronné, je crois), zigzaguant nerveusement sur l’onde, la huppe aux quatre vents…
Une trentaine de bernaches dodues et trompettantes faisant la pause-cacardage avant la grande portion du voyage.

Et les traces de raquettes de Monsieur Drolet.

 

Le grand héron

Je n’avais pas mon équipement photographique.

À flanc de cap, à la faveur du soleil oblique de septembre, le grand héron est passé au-dessus de ma tête comme un éclair au ralenti. Il s’est arrêté en l’air, suspendu, a ramassé ses grandes ailes, ses grandes pattes, son grand bec au bout de son grand cou, et il a déposé ce lourd bagage sur la branche d’un grand pin. Il s’est balancé gauchement un moment avant de trouver son équilibre et de prendre la pose élégante. Je l’ai observé longtemps se prendre pour la plus magnifique estampe japonaise, puis, sans se lasser, lisser ses rémiges à gestes amples d’ailes et de bec.

Après une petite éternité, il a rassemblé son gréement et a lancé bruyamment ses voiles dans le vent, jusqu’à la rive du fleuve.

 

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Photographie tirée du livre Cimetières de Québec

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Dans les cimetières de Québec-1

Photographies tirées du livre Cimetières de Québec

Nos cimetières, leurs parcs, leurs monuments et les signes qui y sont déposés par leurs visiteurs sont les empreintes que laisse notre société de sa culture et de son rapport à la mort.  Résistant partiellement aux affronts du temps, ils sont également des musées à ciel ouvert relatant le passage de quelques générations d’hommes et de femmes en terre d’Amérique au fil de quatre siècles. Ce livre est une promenade tranquille à travers les lieux de sépulture de la ville de Québec. Au gré du climat, en visiteurs de passage, mon collègue Daniel Tremblay et moi avons parcouru tous les cimetières d’ici: sites privés, paroissiaux, conventuels, cimetières jardins, columbariums, cryptes, ossuaires…, dont plusieurs sont inaccessibles au commun des mortels. Nous y avons photographié la matière, la lumière et l’espace qui composent  la beauté, souvent formelle, parfois insolite ou troublante, de ces lieux de recueillement.

 

La promenade du junco

Le minime junco ardoisé, l’air d’un petit poulet en habit de deuil, traverse furtivement, en diagonale, mon jardin. Comme en danger, comme en urgence, il sautille, picore, sautille, picore, et sautille et picore encore.
Fructueuse fuite.

 

La glace à la plage

En ces temps de fonte des glaces sur le fleuve, il n’y a pas assez de mots pour décrire la couleur et la matière.

Les bleus acier, aigue-marine, ardoise, azur, cobalt, cyan, lapis-lazuli, lilas, lune, nuit, outremer, paon, pers, pétrole, Prusse, roi, sarcelle, turquin, turquoise… Miroir, ivoire, verre, ardoise, néon, placoplâtre, feutre, ouate, dentelle, meringue, biscuit, sucre d’orge, sucre en poudre, crème fouettée, barbe-à-papa…

 

Chien de jardin, chien de Noël

Éberluée!… est Mali, assise au milieu du jardin à regarder la première neige tomber, l’air de se demander «Mais qu’est-ce que c’est que ça?!».
Chien de Noël!

 

Blues de novembre

Blues de novembre

Mai

À cloche-pied à tire-d’aile les hirondelles
acrobates cascadeuses du ciel

En vedette dans les champs cette semaine:
Reine-marguerite, épervières jaunes et orangées, bouton d’or, trèfle rouge et, dans les fourrés, le rare iris versicolore et le commun framboisier…

 

Le retour des oies

Poésie sonore
Chorale animale
Cacophonie symphonique
Rhapsodie faunique
Petite musique de nuit

 

Avril

Fébrile, l’air est immobile dans le four du dardant soleil de printemps. On entend la terre rétrécir en séchant, pressée, sous le paillis végétal dense et craquant. La neige est maintenant toute fondue, en allée par les ruissellements anarchiques d’avril.

Les herbes folles de l’automne dernier, rendues et décolorées, sont plaquées au sol, matées, comme foulées par un vent dru qui se serait subitement arrêté là, gardant la pose.

Les rigoles

En cet avril chahuteur on les entend. De leurs petites voix cristallines elles se marrent pour vrai en se ruant, sautillantes et chatouilleuses, vers le bas du coteau.

 

Petite musique ventée

c h h h h h h h h h h h…

f f f f f f f f f f f f f f f f f f…

v v v v v v v v v v v v v v v…

m m m m m m m m m…

s s s s s s s s s s s s…

j j j j j j j j j j j j j j j j j j j …

les notes du vent

 

Guéguerre

Les fanfarons pics, le minus, l’échevelé, l’extravagant, ont sorti leurs armes de bois, les légères et les lourdes. Ils nous mitraillent de gauche et de droite.
Ici on joue à la fausse petite guerre printanière.

 

Ménage de Noël

J’arrive de prendre l’air. Prendre l’eau serait plus juste.

À entendre ce qui tombe, on dirait que les anges ont fini leur ménage de Noël. La grande vidange des seaux.
On reçoit toute l’eau et toutes les guenilles détrempées: splotche-splotche!…

À voir ce qui tombe… ce n’était pas bien sale.

 

Saint-Benoît-des-Ondes

À gauche, une bourgade. Pas plus grande que ça. La route peinarde longeant la baie gigantesque ne fait qu’y passer en guère plus d’une minute. Le voyageur distrait ne la remarque pas, y transite seulement, entre deux sites de villégiature entendus.

Saint-Benoît-des-Ondes, Bretagne
Un tableau.

À droite, l’océan vidé, sable rose, à perte de vue. En face, même couleur, le Restaurant bar hôtel de la baie, proue du bourg, tous auvents battants comme voilures, tenant tête au vent du nord debout. J’y passerai la nuit. Accoudé au zinc de son bar, pour ainsi dire fermé en cette saison, le patron breton trinque avec les copains de la place. On y devise bien fort de pêche, de légumes à échanger et de la Coupe du monde de foot. On se quittera tout à l’heure, question de préparer le match France/Suisse de ce soir. Pour une poignée d’euros j’aurai la grande chambre du haut, vue sur la mer, bien sûr, avec en prime la clé de l’hôtel qui sera désert cette nuit.

Ouvrir la fenêtre.

J’ai failli m’envoler avec les battants lorsque le vent salin s’est engouffré sans manières dans l’unique pièce de la suite. Allongée dans la lumière blanche et les draps frais, dans les parfums et les caresses tièdes de l’air vierge venu du large, j’ai longuement, avec délices, attendu la marée. À des kilomètres, l’onde s’est imperceptiblement mise en marche, au pas de l’homme tranquille. Elle a tout doucement noyé les pêcheries. Délicatement, comme pour ne rien briser de ces entrailles exposées, elle a ensuite envahi, en glissant, les sinuosités moites de la rivière vide, jusqu’au débordement. Puis, se précipitant gauchement pour le reste, l’eau a couru en écumant de rage pour se heurter au front de mer. Les vagues et le vent en furie ont frappé la grève enrochée toute la nuit.

La plus hypnotique des berceuses.

À l’aube bleutée, la brise rendue, couchée le long de la côte, avait laissé l’immense marée s’en retourner loin à l’horizon, jusqu’où le regard confond les choses, jusqu’où le ciel commence.

Saint-Benoît-des-Ondes

 

En attendant le lilas

Les pommiers et les lilas en fleurs? C’est une question de jours, ou d’heures…

Il fera beau. J’irai dans la pommeraie, au cœur d’effluves délicates, au cœur d’une estame japonaise sur fond de fleuve majestueux.

Au retour, je passerai par le chemin des lilas. Les milliers de grappes aux parfums capiteux des lilas de Preston, des lilas français, japonais, duveteux… m’étourdiront, comme liqueur fine, jusqu’à satiété…

En attendant, tapis dans l’ombre de géantes épinettes de Norvège, les rhododendrons explosent de couleurs.

 

VLAN, tempête de neige!

J’aime notre climat caractériel.

Hier après-midi je suis allée me promener avec le chien poilu. Oui, oui, il pleuvait des cordes.
Deux folles sous la pluie battante, taï chi au milieu du champ.
Tout à coup VLAN, c’était tout blanc tout le tour: en haut en bas à gauche à droite en avant en arrière…

Une tempête de neige est tombée!

Moi, mon coupe-vent était, à toutes fins utiles, imperméable, mais vous auriez vu l’autre, méga-lavette! De quoi ruiner un plancher…

 

Fin octobre

Les couleurs de feu ont bel et bien flambé. Ne reste que la discrète gamme des complémentaires qui se décline, sur tous les tons, depuis le jaune jusqu’au violet.

J’ai retrouvé avec bonheur mon refuge de mi-saison, petit carré de pré oublié au cœur des terres labourées du plateau. Par ce radieux samedi de la fin d’octobre il y reste, caché, un peu d’été. J’y suis allée m’étendre, pour rien, sur l’herbe couchée, chevelure mal peignée. Il y règne un sympathique chaos peuplé de mûriers enchevêtrés et d’aubépines hirsutes. Un dédale inouï de sentes légères, à peine dessinées par la gent trotte-menu.

Autour de moi, les jaunes et les paille, les plumets décolorés des verges d’or et des asters. Une odeur de terre rendue, un filet de brise froissant de la soie, le fouissement joyeux du chien affairé à débusquer ce qui bouge encore aux alentours et, de loin en loin jusqu’aux premières hauteurs des Laurentides, les violets de saison.

 

Ça flamboie!

Quoi de neuf dans le bois…

Il ne reste que les hivernants. Les grands voyageurs sont partis.
Piouc piouc pit pit. Ça gazouille moins élégamment mais, en revanche, ça flamboie!

C’est la saison des camaïeux jaune vert, des enflammés rouge orangé. La palme aux vinaigriers et, surtout, aux érables rouges qui, en cette saison, portent fièrement leur nom.

L’automne!

Respirez comme il sent bon…
Regardez comme il est joli, il est aux couleurs du plat de fruits: banane, citron, orange, pomme, pêche, fraise, framboise, raisin, prune, avec encore un peu de kiwi, de limette et d’avocat…

 

Septembre sur la route

Sur la route, sitôt atteint un brin de hauteur: brume épaisse de septembre, on n’y voit plus. Je suis montée jusque dans un cumulus. Il m’a transportée longtemps, je crois.

Je suis sortie des nues en crevant un bandeau de brouillard, si dense qu’il m’a léchée entièrement, d’un grand coup de pinceau, pour me laisser trempée. Je connais bien ces «esprits», celui du lac et celui du marais… j’ai aperçu, déjà, celui de la rivière… mais cette fois je crois bien avoir croisé l’«esprit» de la montagne.

À la redescente, brusquement comme si j’ouvrais les yeux, me sont apparus la grande baie, le fleuve et l’islet tassés sous le capuchon gris et opaque du ciel trop bas. Entre le chaud et le froid, la ville sentait le sable frais, l’eau, la mer.

Au bout de la jetée je me suis assise un moment et j’ai laissé remonter la marée. Je me suis laissée imprégner de senteurs de varech, de l’air du large, du vent de voyage.