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Accompagnement

Ma canne joue de la flûte. Par grand vent elle souffle une petite note: do…

 

Nit Màgica

Nit Màgica, Xarxa Teatre
Théatre pyrotechnique espagnol

Au cœur du festival d’été, il règne à la Place D’Youville une atmosphère d’incendie majeur. La rue Saint-Jean est incandescente. Pendant que les odeurs soufrées de poudre nous prennent à la gorge, un opaque nuage rouge et lumineux nous aveugle en éclaboussant la vieille pierre des façades et la foule dense, comme si l’enfer y faisait subitement éruption. C’est Xarxa Teatre qui remonte la rue au son d’une musique moyenâgeuse tonitruante.

Dans leurs vastes tuniques brunes à capuchon, grossier cordon noué à la taille, des moines joyeux et sautillants, nous pétaradent un train d’enfer sur leurs tambours, sur leurs caisses claires et dans leurs bombardes retentissantes. Ils sont poursuivis par des diablotins féroces et tournoyants, cachés sous des cagoules rappelant le KKK, armés de pétards, de cornes de taureaux et de lances crachant d’immenses jets de feux d’artifice. Ils en arrosent énergiquement l’espace, les pavés et les badauds qui, terrifiés mais curieux, se massent derrière une rangées de vrais pompiers.

La foule pétrifiée jubile de bonheur tout au long du lent et singulier cortège qui, après avoir grimpé sur les fortifications, s’installe sur la porte de la vieille ville pour y allumer des jeux pyrotechniques époustouflants. Une multitude de petits engins vrillent dans tous les sens et s’allument les uns les autres en éclaboussant à la ronde leurs étincelles de feu, au son démesuré de la musique des troubadours déments… Comme si Dieu et Diable réglaient leurs comptes.

Vu de chez Marie nous sommes aux premières loges et hurlons d’une joie toute enfantine. Difficile de résister à cette folie.

 

Une autre chronique musique

J’ai ce dada de photographier les trésors artistiques cachés dans nos églises. C’était, jeudi dernier, le tour de la chapelle conventuelle des Soeurs de la Charité cachée derrière de banals édifices de béton, en contre-bas du Carré. D’aucuns auront aperçu au passage sa façade magnifique apparaître au bas de la côte D’Youville.

Cette chapelle est surprenante. Toute blanche et très étroite, elle se dresse bien haut sur ses quatre étages sagement cordés, quatre étages de balcons, de déambulatoires, de balustrades, de rampes, de paliers et d’escaliers, accrochés sur trois côtés généreusement fenestrés. En y pénétrant, on pense à ces bateaux à vapeur, illogiquement hauts, qui sillonnaient jadis le Mississipi, mais comme s’ils avaient été retournés le dedans vers le dehors, comme un gant, comme une chaussette, vous voyez? Enfin… Étourdissant!

Des petits sons enveloppants nous arrivent, tuuuuuuuu… vouuuuuuuuuu… bommmmmm… En se cassant le cou pour chercher des oiseaux tout en haut, on aperçoit le grand – vu l’étroitesse de l’endroit, mais en réalité petit – et joliment orné orgue Casavant: les claviers au troisième, les tuyaux, comme un large sourire doré dans une petite bouche, encastrés dans les troisième et quatrième jubés devant la coupole pleine de lumière. Mais… mais, sourire… édenté?!… Eh oui, il manque plein de tuyaux! En y regardant plus attentivement on distingue, encore plus haut au-dessus de tout ça, le réa principal d’un surprenant système de poulies, des câbles – de bateau, tiens – qui pendent ici et là, et une poignée d’hommes qui se battent, tout en nage, avec le fameux instrument – les frères Casavant eux-mêmes! dirais-je poétiquement: c’est le grand ménage de l’orgue.

Après quarante ans de loyaux services, c’est le grand toilettage, les ajustements, les rénovations de cette belle mécanique musicale. Les spécialistes entrent dans le ventre de la chose, grimpent, rampent, forcent, analysent, écoutent, cherchent la fuite, colmatent, testent… Démontent les systèmes compliqués de tuyauterie, de soufflerie, de volets, de tirants, de soupapes… Déracinent des pipes de toutes les grosseurs de toutes les longueurs, dont certaines n’en finissent pas, les font délicatement mais périlleusement voltiger d’un étage à l’autre, pour leur dénicher assez d’espace pour les coucher les unes à côté des autres, inoffensives, comme de grands arbres abattus. Les notes subtiles font place au grondement grossier et assourdissant des aspirateurs géants qui, on s’en doute bien, ne laisseront rien derrière, ne laisseront rien dedans. Trois semaines que ces hommes sont là à se démener autour du monstre, et au moins deux autres leur seront nécessaires pour en venir à bout. «Job de bras» et noble métier.

Un facteur d’orgue (ou organier) est un artisan spécialisé dans la fabrication, la maintenance, la réparation et la restauration d’orgues. Ce métier nécessite la maîtrise de nombreuses techniques, dont la menuiserie, la mécanique, le travail et le formage des métaux ainsi que des connaissances musicales et acoustiques très sérieuses ; il est répertorié parmi les métiers de l’artisanat d’art.

Photographie tirée du projet Art sacré, actes créateurs

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Chronique musique

Comme regarder le chef cuisiner, le peintre peindre, le sculpteur sculpter, ce que j’aime de la musique, c’est être là quand elle est jouée. Être assez près pour la voir, la sentir, la toucher, la goûter, presque. Entendre les doigts glisser sur les cordes en un sifflement furtif… les touches, les clés, les marteaux frapper à petits pas feutrés… entendre, dans la vaste salle, cet écho particulier du grand piano à queue sur le plancher de bois franc. Je déguste les visages des musiciens, leurs regards complices, leur concentration, leurs sentiments, leur emportement parfois si fou, leurs respirations, leurs essoufflements, leur abandon.

Sinon c’est écouter les interprétations exceptionnelles. Celles livrées par des musiciens créateurs qui s’approprient les phrases des autres, investissent des pans d’histoire géniale, les revisitent, les réinventent, et nous les offrent dans leur propre langage, celui de l’art, celui de l’âme.

swinging-clarinetsJ’ai retrouvé la vieille cassette audio, enregistrée jadis d’un encore plus ancien mais authentique vinyle. Une rareté : Barney Bigard et Claude Luter, clarinettistes de jazz, sur Swinging Clarinets (Vogue 767, épuisé). Tout ce son, toujours imprimé, miraculeusement intact et profond, sur un si mince et si fragile ruban…

De Struttin’ With Some Barbecue à Mood Indigo, entre le joyeux rag et le blues somptueux, les «deux faces» nous enfilent sans rémission duos et duels de clarinettes brillantes, tout aussi puissantes dans leurs énergies, que voluptueuses dans leurs langueurs. À côté de la basse, sage et ferme, de la caisse claire pétillante, du piano léger, audacieux, fougueux… les clarinettes nous hypnotisent de leurs rimes agilement chuchotées. On entend la brise, le vent, la tempête, se faufiler puis se ruer dans l’instrument de bois, on entend frémir les anches sur les lèvres expertes. Puis les clarinettes explosent, rayonnantes, du haut de leurs voix limpides et claironnantes. Voilà le sens du mot «jouer».

 

Printemps Beethoven

À la Chapelle historique Bon Pasteur, en huit concerts abordables, Christian Liotta joue par coeur l’intégrale des 32 sonates pour piano de Beethoven.

Sans ostentation ni mièvrerie, incontestable et assuré, le pianiste sobre et poli s’efface pour qu’elle prenne toute la place. Elle se déploie et existe, là, comme allant de soi. Limpidité dans la gravité, énergie dans les élans, rigueur dans la légèreté. Phrase claire, ton net, mot juste. Musique franche.

En particulier la marche funèbre, agréablement pleine de lumière, puis la finale, envolée, sur le dernier mouvement de la Sonate nº18 en mi bémol majeur.

 

Mozart étudiant

Petit concert Mozart sympa des étudiants du conservatoire, à la non moins sympathique chapelle historique du Bon-Pasteur.

L’archet triste se traînait sur deux cordes, comme à genoux. Le petit violon défaillait sur le largo de la Sonate en si bémol majeur K. 454 (fort jolie). On a ensuite réuni mes trois instruments chouchou pour l’aimable trio Kegelstatt. Youpi!