Articles étiquetés: hiver

Forêt de cristal

Samedi après-midi

Verglas, un gros pouce

Fallait se promener dans le bois samedi après-midi.
Fallait aller s’y asseoir, et regarder, et écouter.

Un écho différent, cristallin.
Un décor de verre.
Le crépitement, le cliquetis aigu de la pluie.
Les miroirs brisés, broyés sous les pas.

Tout est gainé de vitre.
Des allées de jeunes bouleaux prosternés, rendus de tant de poids.
Leurs feuilles, restées de l’automne, figées en sculpturaux bouquets translucides
Les épaules des mélèzes tombées, toutes leurs cocottes enfermées dans des billes de verre, étuis de lumière.

De loin, grincements, déchirements, fracas d’orage des branches qui se déchargent.

Puis, tout doucement, venus de nulle part, les flocons, moelleux et muets.

Sortir vite d’ici avant l’arrivée du vent.

Dimanche matin

L’air sent l’eau.
Le vent d’ouest est vif et froid comme source de roche.

Le soleil brille de biais à travers la forêt de bonbon clair, sucre d’orge qui tinte et étincelle.

De monumentales grappes pailletées se balancent en craquant, lançant par vagues des volées de clochettes et de diamants.
Concert de milliers d’étoiles vitrifiées tombant du ciel en plein jour.
Explosions jonchant le sol de tranchants débris.
Pétarade sur le parquet glacé du boisé.

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

L’astre incendié

Vendredi

J’ai la vue sur la vallée et les montagnes.
Le temps est calme. La ville et les hommes sont blottis sous une couche de gris, feutrés, sous l’édredon opaque du ciel.

Stratus.

Vers quatorze heures, tout au bout de l’horizon d’ouest, une ligne de bleu.
Elle s’élargit imperceptiblement, comme si une main géante tirait vers l’est la couverture. Lentement, doucement, comme pour ne pas réveiller.
Il y a là-bas le vent, le froid, et une lumière qui vient de très loin.
On ne peut s’empêcher, à intervalles réguliers, de jeter un coup d’œil, de se demander si ça arrivera, si on y aura droit, avant le couchant.

À seize heures quinze.
À l’heure du crépuscule d’hiver, comme une paupière qui se lève sur un regard foudroyant, comme un feu qui s’embrase, comme une explosion de joie, le ciel s’est ouvert sur le côté, crevé par l’astre incandescent.
Du coup tout le paysage est incendié, transfiguré, en rouges et orangés.

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

Tempête de neige

L’air est immobile.

Le ciel blanc a rejoint la plaine blanche.

À mi-chemin de sa chute depuis le zénith, un soleil livide, suspendu, se dissout. L’horizon disparaît.

Tempête de neige.

La promeneuse et son chien, grands et noirs, disparaîtront dans le tableau.

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

Les soeurs Lali à la mer

De retour chez moi après un autre épisode de Les sœurs Lali à la mer

L’Atlantique…
Nous sommes tombées dedans quand nous étions petites. Profonde accoutumance.

Seules au coeur de la nuit, au coeur de janvier, au coeur d’une station balnéaire désertée… au coeur de la pluie et des vagues battantes, deux folles rient. Closed for the season, Closed for the season, Closed for the season… enfin à nous seules les kilomètres de sable blond, les magistrales marées, gonflées par la pleine lune, les déferlantes vert-bleu qui s’abattent lourdement sur la côte rocheuse, le ciel cristallin d’hiver, les embruns salés et le vent glacé – bitter, dit-on, amer, mordant, cinglant – de l’Atlantique nord. Dormir, même en hiver, avec, pour berceuse, à pleine fenêtre, la respiration ample et rythmée de l’océan.

J’allais vous écrire la mer, mais un type l’a fait parfaitement: «La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir»:

« (…)
Celui qui est las des chemins de la terre ou qui devine, avant de les avoir tentés, combien ils sont âpres et vulgaires, sera séduit par les pâles routes de la mer, plus dangereuses et plus douces, incertaines et désertes. Tout y est plus mystérieux, jusqu’à ces grandes ombres qui flottent parfois paisiblement sur les champs nus de la mer, sans maisons et sans ombrages, et qu’y étendent les nuages, ces hameaux célestes, ces vagues ramures. La mer a le charme des choses qui ne se taisent pas la nuit, qui sont pour notre vie inquiète une permission de dormir, une promesse que tout ne va pas s’anéantir, comme la veilleuse des petits enfants qui se sentent moins seuls quand elle brille. Elle n’est pas séparée du ciel comme la terre, est toujours en harmonie avec ses couleurs, s’émeut de ses nuances les plus délicates. Elle rayonne sous le soleil et chaque soir semble mourir avec lui. Et quand il a disparu, elle continue à le regretter, à conserver un peu de son lumineux souvenir, en face de la terre uniformément sombre. C’est le moment de ses reflets mélancoliques et si doux qu’on sent son coeur se fondre en les regardant. Quand la nuit est presque venue et que le ciel est sombre sur la terre noircie, elle luit encore faiblement, on ne sait par quel mystère, par quelle brillante relique du jour enfouie sous les flots. Elle rafraîchit notre imagination parce qu’elle ne fait pas penser à la vie des hommes, mais elle réjouit notre âme, parce qu’elle est, comme elle, aspiration infinie et impuissante, élan sans cesse brisé de chutes, plainte éternelle et douce. Elle nous enchante ainsi comme la musique, qui ne porte pas comme le langage la trace des choses, qui ne nous dit rien des hommes, mais qui imite les mouvements de notre âme. Notre coeur en s’élançant avec leurs vagues, en retombant avec elles, oublie ainsi ses propres défaillances, et se console dans une harmonie intime entre sa tristesse et celle de la mer, qui confond sa destinée et celle des choses

Proust, Les plaisirs et les jours, septembre 1892

Closed-14

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

Christmas At The Beach

Sorry! Closed for the season

Closed-13

  • Closed-8
  • Closed-6
  • Closed-7
  • Closed-5
  • Closed-4
  • Closed-3
  • Closed-9
  • Closed-2
  • Closed-1
Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

La première neige

Tout est recueilli sous un feutre, il a neigé ce matin.
La saison triste a tenté de s’étirer jusqu’au solstice et y est presque arrivée.

La première neige…
Chaque fois je suis ébahie, chaque fois toute chose me réapparaît, nouvelle.

Café blanc

                                                                Café blanc (pastel)

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

Princesses au bois

Promenade du dimanche avec la princesse poilue.

Nous avons observé le bal de quelques rapaces diurnes en vol circulaire plané, puis salué de très près la famille des cerfs: une belle grande femelle inquiète, avec ses trois grands veaux étourdis…

En cherchant un ruisseau, nous sommes allées comme deux simples d’esprit nous prendre dans un dense boisé de ronces et d’aubépines. Les premières nous barraient les chevilles, les sciant au passage en nous bouffant les ergots, les secondes nous attrapaient littéralement en nous transperçant de milliers de dards superbement aiguisés. J’ai eu une petite pensée pour Jésus et la coiffe qu’on lui fit un certain vendredi, mais notre boisé était plutôt enchevêtré à la manière des rosiers du château de la Belle au bois dormant.

Nous nous en sommes finalement bien tirées sans le prince charmant, juste quelques bonnes égratignures, des tocs dans le poil et une petite faim…

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

Redoux

Début de journée comme les autres, semblait-il.
Pourtant, en pleine saison de grands froids, un petit matin ce matin s’est pointé, gris et mouillé.
Imperceptiblement, l’air s’est dilaté, tiède et doux, comme après la pluie, permettant de respirer un peu plus largement.
Incongrue, je me suis glissée dans ma jupe à fleurs.

Je venais de terminer un travail titanesque. Tant d’énergie investie dans une tâche nouvelle, tant d’inconnu, d’incertitude. Tant de remises en question et surtout, tant d’heures! J’enfilai la précieuse enveloppe sous mon bras et sortis. Calée dans la banquette, volant-café-cigarette en mains, je m’élançai sur la route du bord de l’eau. Le vent moite s’engouffrait par la fenêtre grande ouverte…
Adolescente échevelée dans sa jupe fleurie.

Le reste est sans intérêt si ce n’est qu’après avoir livré le projet, je me suis remise en route en chantant fort. Longeant le fleuve qui charriait sa gadoue, entre les lambeaux de brouillard et les brumes de fatigue, j’ai respiré un avant-goût de printemps.

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

Moins 20 dans le champ

«On va courir les lapins?!»
Phrase magique! Le chien explose de la joie habituelle, en réponse à des mots qu’il ne connaît pas mais qu’il reconnaît très bien.

Moins 20 dans le champ… Personne…
Juste une folle et son grand chien poilu.

J’aime ces promenades solitaires matinales dans le grand désert frigorifié de janvier. Le froid est tranchant et la bise mordante, nous nous engouffrerons dans le boisé.

Après les nombreuses tentatives infructueuses des derniers jours, nous avons ce matin semé toute trace humaine et réussi à frayer notre chemin jusqu’à la rivière. Comme au bout du monde, à l’abri au creux d’un petit vallon encastré dans le décor, nous avons suivi le sentier de glace tortueux, dessiné juste pour nous.

On s’est laissés emporter longtemps. On a serpenté paisiblement le fil de l’eau qui tinte gaiement pas très loin dessous. On a grimpé à gué le saut de la cascade. Enjambé les bras musclés des saules nous barrant la voie. Ecouté le murmure du vent, là-haut dans les cimes. Le tapis immaculé craque comme biscuit et meringue. Par trop de neige avant le froid, on sent sous la croûte la glace friable, inconstante, imprévue. On a marché la tête et le pas légers.

 

Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone

Le froid de janvier

Midi
Paysage blanc aveuglant, pinède vert sombre, cardinal rouge pétant.
Je reviens au monde tranquillement…

16h
Sur l’horizon bien franc de janvier, le soleil cuivré et froid termine sa course.
À l’orée du bois, à contre jour, sa lumière oblique découpe les aubépines et les bouleaux clairsemés, puis finit d’étirer leurs ombres sur la neige dorée. La plaine tantôt immaculée se couvre de fines rayures pêche et bleues.

 Froid-2       Froid-4       Froid-3       Froid-5

  • Hiver-3
  • Hiver-2
  • Hiver-1
Partagez Share on LinkedInShare on FacebookEmail this to someone