Répit

Lorsque distraitement la douleur baisse la garde et s’endort, on peut mesurer ce qu’elle a volé. On réalise qu’elle nous a brisée, plombée, domestiquée.

Arrivée en sourdine par une tempête de février, la créature griffue s’est accrochée au creux de mes reins. Insidieuse comme l’accoutumance, la douleur charpentière a miné mon dos, brûlé ma jambe et soudé mon bassin. Toujours je sens son pouls qui palpite à contre-temps du mien.

Hier, le temps d’un rêve éveillé elle m’a oubliée. À l’ombre du vieux merisier, j’ai fermé les yeux et me suis envolée. J’ai couru jusqu’au bout de la rivière, nagé jusqu’à la fin des lacs, grimpé jusqu’au couronnement des falaises. J’ai plongé, comme saute l’ange, puis explosé cent mètres plus bas dans l’eau douce et profonde du lac noir.

À son réveil j’ai rouvert les yeux et me suis demandé, les ailes repoussent-elles?

 

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