Mon chien est mort – 2

J’ai pleuré pendant des heures, le feu aux joues et les paupières comme du marshmallow.
J’ai mal dormi, mangé plein de cochonneries, trop fumé, trop bu, et pas mal tourné en rond. J’ai fait du grand ménage, jeté des piles de journaux pas lus et arraché, enragée, 50 livres de pissenlits innocents.

Puis, après avoir écrit un peu, j’ai dansé comme une demeurée, jusqu’à épuisement, toute seule dans mon salon. Musique africaine cubaine arabe, Chao, Bashung, Archive, Bran Van, Björk… Led Zeppelin, Waits, P.J. Harvey, The Cure, Nick Cave…

Après une nuit sans rêve ni cauchemar, me revoici, mardi, comme l’idiot de Dostoïevski. Quelques manques, des fantômes noirs qui passent, quelques phrases incongrues parlées toute seule, quelques gestes inutiles. C’est la longue parade des petites choses plus-comme-avant.
Pouvoir dire «Qui est-ce qui arrive?», «promenade» et «biscuit» tout fort, sans créer une commotion.
Ne plus m’enfarger dans rien.
Jamais plus de flap-flap de grandes oreilles, de pchic-pchic des griffes sur le parquet, d’ablutions festives dans le plat d’eau, ni de tap-tap-tap-boum du grand corps qui fait trois tours et puis se couche.
Plus aucune trace de gros nez dans la fenêtre de la porte d’en avant…

Apprendre à jeter mon cœur de pomme dans la poubelle…
Penser à aller me coucher…
Acheter un réveille-matin…
Verrouiller en sortant…

Juste un regard candide, chocolat-noisette, qui reste accroché là.

 

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