Mon chien est mort – 1

Suspectée jeudi, diagnostiquée vendredi, éliminée samedi…

Mika, dans toute sa splendeur, a été euthanasiée ce matin. Relevée de ses fonctions. Un sommeil de barbiturique rose l’a assommée pour de bon et a noirci son regard, en même temps qu’il a stoppé la tumeur, aussi maligne que foudroyante. Heureusement, mon grand chien ne s’est pas éteint à petit feu, usé par la mort lente.

Comme le veut l’usage, elle a eu le droit de choisir hier soir son dernier menu: une belle pomme verte toute ronde, du pain baguette, un gros morceau de fromage, jambon, le reste de la fine crème glacée et de l’huile d’olive dans son eau. Ce matin, fruit défendu, une petite poule en chocolat.

J’ai perdu mon ramasse-poussière, mon gobe-miettes, ma sonnette et mon système d’alarme. L’épouvantail, le réveille-matin et le brasse-camarade. Perdu une traînerie, une carpette, une statue de jardin, le chauffe-pieds, le coussin, le pouf. Perdu le mouton noir, la gardienne du troupeau, la sauveteur-plage, l’arbitre, le gendarme et le bébé-lala… Mais, surtout, j’ai perdu mon sherpa pour partir au diable dans le bois, mon garde du corps pour fréquenter les drôles d’endroits… ma seule folle compagne de pluie battante, de tempête de neige, de vents fous, de moins 25 bien croquants et de routes désertes … de trempette dans la rivière, de kilomètres de brasses dans le lac, de taï chi sur la montagne, de chasse aux oiseaux… de dessin d’écriture de photo, petit matin, quai 35 du port, et crépuscule au milieu du champ…

Depuis sept ans, 24 heures sur 24, elle est installée près de moi, me précède avec enthousiasme, me suit avec bonhomie. J’ai perdu mon miroir, mon alter-ego, mon ombre. Il m’en reste la vague impression de me dématérialiser un peu.

Grosse peine noire frisée…

 

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